Mines de rien, c’est un recueil de chroniques féministes qui utilise l’humour pour sublimer l’expérience du sexisme ambiant. Signées par les professeures et auteures Isabelle Boisclair, Lucie Joubert et Lori Saint-Martin, ces courts textes drôles et punchés remettent en question les stéréotypes sexistes qui persistent et oeuvrent à démystifier leurs origines. Tout y passe, depuis les dictats de la mode jusqu’à la question de la maternité en passant par la place qu’occupent les femmes dans l’espace public, les défis de la relève féministe et la « rivalité » entre les femmes.

Un des forces de ce livre est qu’il puise ses exemples autant dans le quotidien et la culture populaire que dans des écrits plus théoriques qui permettent de poursuivre la réflexion. Car c’est bien là le but : s’indigner, oui, mais également s’informer pour acquérir les moyens d’agir et de faire bouger les choses. Les situations s’accumulent et si on peut se sentir un peu moins concerné par certaines, chacune y trouvera l’écho de ses propres doutes et exaspérations. Même s’il se veut inclusif, le recueil reste toutefois dans le domaine du sexisme tel qu’il se vit en Amérique du Nord; normal, puisque les auteures puisent dans leurs expériences et souvenirs pour débusquer les racines de leurs prises de conscience féministe.

Je ne saurais dire laquelle des trois auteures est la plus intéressante tant leurs textes se répondent et se complètent. J’aimerais tout de même applaudir Lori Saint-Martin pour la mention du roman Toilettes pour femmes (The Women’s room) de Marilyn French, œuvre qui fut pour moi une révélation, malgré les durs constats qu’elle pose. C’est là la beauté de ce livre : le mélange d’anecdotes personnelles et de faits tirés de l’actualité récente établit une proximité et une identification avec les auteures. Avec elles, on s’indigne, mais surtout, on rit! Le style de la chronique sied parfaitement à l’entreprise et permet de mettre au jour le ridicule de la persistance des inégalités entre les hommes et les femmes.

Laissez tomber les journaux gratuits et autres lectures insipides lors de vos virées dans les transports en commun. Ce qu’il vous faut, c’est Mines de rien, qui juste par sa couleur permet d’affirmer au wagon entier qu’on est féministe et qu’on en a marre. La longueur des textes combinée au milieu propice à l’observation du sexisme ordinaire dans toute sa désinvolture fait de ce livre un compagnon idéal pour vos sorties. Car à le lire juste avant de se coucher, on risque de faire des cauchemars dans lesquels les femmes devraient encore et toujours répondre à des critères précis de féminité… À bien y penser, lisez-le donc quand ça vous tente, mais lisez-le!

Chloé Leduc-Bélanger

Mines de rien, chroniques insolentes, Isabelle Boisclair, Lucie Joubert, Lori Saint-Martin, Remue-ménage, 2015.