Crédit photo : Marie-Andrée Lemire

Une relation tumultueuse entre deux frères isolés au cœur d’une immense forêt avec une mère dysfonctionnelle. Des bois obscurs où s’aventurer relève de la folie. Voici les prémisses de la pièce Mes enfants n’ont pas peur du noir, un texte inspiré du conte Hansel et Gretel, écrit et interprété par Jean-Denis Beaudoin qui y incarne Jo, le plus « équilibré » des deux frères, soumis au machiavélique Sam, campé par l’acteur Steve Gagnon. Monique Spaziani y joue le rôle de la mère attisant la grogne et la jalousie entre ses fils. Produite par la compagnie La Bête Noire, la pièce est présentée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui à la salle Jean-Claude Germain du 15 novembre au 3 décembre. C’est Édith Patenaude qui en signe la  mise à en scène. En effet, qui de plus chevronné que cette comédienne pour mettre en scène un thriller psychologique, elle qui monte également 1984 au Théâtre Denise-Pelletier actuellement.

Relation tordue aux limites du masochisme

Mes enfants n’ont pas peur du noir  est un conte moderne et cinglant où l’humour côtoie la folie et la violence.  L’auteur parvient à créer une tension entre les deux frères. Si leurs querelles semblent anodines au départ, tous deux s’amusant à se narguer pour tester qui va céder et exploser littéralement, la nature de leur relation est mesquine et cache un profond secret. L’auteur dit s’être inspiré de sa propre relation avec son frère, mais en y ajoutant clairement une couche grotesque, en dénaturant ses personnages, en les rendant vils et monstrueux. Le personnage de Sam incarne bien cet être détestable, vulgaire et profondément irritant que l’on rêverait d’étamper dans un mur. Il agit en tant que moteur à propulsion pour attiser l’impulsivité de Jo. Et que dire de la mère qui participe activement à coup de manipulation et de favoritisme au point de faire sombrer l’un de ses fils dans la folie.

Crédit photo : Marie-Andrée Lemire

Crédit photo : Marie-Andrée Lemire

La pièce tient du suspense et révèle plusieurs pistes que le spectateur ne pourra soupçonner. Je pense notamment au personnage de Will, un être plein de candeur et de naïveté, campé par Dayne Simard et au personnage de Sarah (Pascale Renaud-Hébert) sur qui le spectateur fonde tous ses espoirs pour la voir convaincre Jo de quitter cette famille désaxée.

Enfin, la scénographie reflète le gouffre dans lequel cette famille sombre jour après jour. La scène est restreinte, les acteurs ont peine à circuler. Ils jouent d’ailleurs également au même niveau que les spectateurs, se faufilant dans le mince corridor entre la scène et la première rangée. Cette proximité entre le public et les acteurs rend la tension palpable.

La scène est encombrée de meubles et d’accessoires. Des poutres plantées aléatoirement encerclent la maison en guise d’arbres. C’est carrément étouffant, aliénant tant pour les personnages que les spectateurs qui assistent impuissants à cette sérénade tortueuse.

Jean-Denis Beaudoin qui s’est mérité la bourse du meilleur spectacle de la relève pour l’année 2014-2015 vaut vraiment la peine d’être découvert. Sa pièce est d’ailleurs publiée et le lancement aura lieu à Québec le 21 novembre.

Edith Malo

Mes enfants n’ont pas peur du noir, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui  jusqu’au 3 décembre. Pour toutes informations, c’est ici.