Mardi soir, Premier Acte
Soir de doute
Soir de Première

Dehors la nuit est glaciale et opaque
Sur les planches, la noirceur a pris toute la place
Mes enfants n’ont pas peur du noir.

La salle est pleine
Il n’y a pas de rideau
Une femme dort sur la scène

Des arbres
Une trentaine

Nous sommes en pleine forêt austère
À deux minutes de se perdre
Au tréfonds de l’histoire

Silence

La querelle éclate
Entre deux frères
Une querelle cinglante et violente
Qui n’aura de cesse que le salut des comédiens
1 h 50 plus tard

Sans entracte

Au cœur de cette forêt de madriers et d’amertume
L’ambiance est lourde
Les cris
Les sacres
L’odeur étouffante de cigarette

L’inconfort

Mais aussi et surtout
L’histoire

Pour sa première pièce, (très) librement inspiré du conte Hansel et Gretel, l’auteur et comédien Jean-Denis Beaudoin trace le portrait tragique de deux frères au tempérament houleux, Sam et Jo, qui entretiennent, depuis la disparition de leur père, une relation délétère au point d’en imaginer le pire.

La mise en scène, signée Édith Patenaude, plonge le spectateur dans une forêt-prison infinie qui s’étend à l’intérieur des murs de la maison et bien au-delà, dans l’âme des personnages. Un univers sombre et violent où le drame et la fatalité éclipsent rapidement tout espoir de réconciliation. Soutenue par un éclairage glauque, quasi absent, un décor monochrome et le ton souvent agressif des personnages, l’ambiance est pesante et la tension constante.

Au cœur de cette longue confrontation gravitent des personnages accessoires qui apparaissent et disparaissent sans trop influencer l’histoire. Un chien, une amoureuse, une mère manipulatrice, un père absent. Des fantômes du passé omniprésent, errant dans l’espace, rappelant seulement aux personnages leur lamentable condition.

Présentée au théâtre Premier Acte du 18 novembre au 6 décembre, Mes enfants n’ont pas peur du noir arpente les chemins difficiles de la jalousie fraternelle, des rancunes éternelles, de l’isolement et de l’abandon. Des thèmes lourds, empreint d’autobiographie, d’où ne jaillissent, malheureusement, aucune lumière.

Maude Martin Gagnon