Photo : Victor Diaz Lamich

«I got the message and the message is proof,
There really is a thing they call the rhythm of youth
It will pick you up and it will make you wiggle this way
Et c’est facile à dire and it’s easy to say»

Je l’avoue : pour moi, Men Without Hats était essentiellement un trip nostalgique. J’ai le vinyle Rhythm of Youth, celui-là même que ma mère écoutait quand j’étais enfant. J’écoute à l’occasion Folk of the 80s (III) et quand Pop Goes the World joue sur une piste de danse lors d’une soirée pop-rétro-quétaino, je pousse un désagréable «C’est ma toune!» (hahaha! non, je ne fais pas ça). Mais je résiste aux sons de guitare des opus suivants et je ne me suis que très peu intéressée au dernier album, Love in the Age of War (2012). En interrogeant quelques amis, je réalise que je ne suis pas la seule. Est-ce à dire que Men Without Hats est essentiellement une pop que l’on savoure pour l’époque qu’elle évoque? Est-ce là la meilleure chose à laquelle peut aspirer un groupe qui a pourtant marqué plus d’une génération, dans plus d’un pays avec plus d’un hit? Assistons-nous depuis plusieurs décennies aux efforts incessants du groupe pour se sortir de ce carcan? Chose certaine, le spectacle qu’il a donné au Club Soda, dimanche dernier, n’avait rien des pathétiques évocations d’une gloire passée.

D’abord, il faut dire que la voix de Ivan Doroschuk n’a pas changé d’un iota. Sa présence rassurante, mélange dichotomique de cynisme et d’espoir candide, inspire encore les sourires, les déhanchements et l’envie de s’amuser malgré les aléas plutôt lourds de la vie au 21e siècle. De la formation originale, il ne restera donc qu’Ivan et son frère Colin (présent pour environ la moitié du spectacle). Si Ivan ne joue plus de claviers (parce que, nous confiait-il, il lui est devenu trop difficile de faire deux choses en même temps), Colin, de son côté, assure claviers, voix et parfois guitare. Afin d’asseoir le mur de synthés nécessaire au son typique de Men Without Hat et enrichir les back vocals, les Doroschuk ont fait appel à Rachel Ashmore et Lou Dawson (présente sur le dernier disque) qui, malgré leur jeune âge, donnent l’impression d’avoir toujours fait partie du band. Aux guitares également, on retrouve le très enthousiaste (et métal) Sho Murray. La formation ainsi présentée n’allait pas nous ménager les tympans.

Le spectacle a ouvert avec Safety Dance, ultime tease s’il en est un, parce qu’après quelques mesures, un problème technique a dû interrompre la chanson. Pour nous faire patienter, les frères Doroschuk nous ont livré une version guitare/voix de Close to the Sun (chanson issue de Love in the Age of War), nous prouvant qu’ils pouvaient (momentanément) se passer de la techno pour faire de la musique. La foule était attentive. L’ambiance était à la légèreté, le problème a été résolu et le groupe nous a bombardé de new wave/synthpop pendant près d’une heure et demie.

Photo : Victor Diaz Lamich

«I have done a good thing I’ve got you dancing, everybody’s happy
I have done a good thing, I’ve got you moving, everybody’s dancing
They’re really grooving
I have done a good thing don’t dansez moderne
Everybody’s happy»

Le premier bloc de chansons puisait allègrement dans Rhythm of Youth avec, une à la suite de l’autre, Antartica, une version épique de I Got the Message (qui prenait tout son sens ce soir-là) et Living in China (jugée trop politique et bannie aux États-Unis à sa sortie). Comme le faisait remarquer Ivan, le contexte d’aujourd’hui n’est pas si différent d’il y a 35 ans, permettant aux chansons de ne pas prendre une ride.

Et puis, le groupe a enchaîné avec Head Above Water, single du dernier album. Si sur bandes, la chanson est moins galvanisante qu’on pourrait l’espérer, il en est autrement sur scène. Les arrangements devenant plus massifs, la basse faisant vibrer les sternums, la performance des musiciens méritait l’enthousiasme de la foule qui payait son tribut en sueur. Avec les éclairages hyperactifs qui se braquaient parfois sur le public, le spectacle avait une petite aura de soirée en boîte de nuit.

Pop Goes the World, This War, I Like, les titres récents se mélangeaient aux anciens ni vus ni connus, encore animés des mêmes thèmes; l’aliénation et la pression du conformisme semblant ne nous avoir jamais quittés, génération après génération. Non, le succès de Men Without Hats ne devait rien à la nostalgie. L’époque tragique dans laquelle nous vivons suscite, peut-être plus que jamais, le besoin de danser pour échapper à la médiocrité.

Le spectacle s’est terminé, malgré la demande d’un deuxième rappel (les lumières se rallumées bien vite pour couper court à tout espoir). La première chose que j’ai mise dans mes oreille était Love in the Age of War.

– Rose Normandin

Men Without Hats jouait le 2 juillet au Club Soda dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. Le festival se poursuit jusqu’au 8 juillet. Toute la programmation ici.

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