Crédit photo: Carolyne Scenna

Je dois l’avouer: je suis totalement groupie de l’auteur et comédien Simon Boulerice! Chacune de ses créations rejoint mon cœur d’enfant, ma vie d’adulte. Car oui, Simon Boulerice ramène l’adulte à son enfance, dans toute sa simplicité, mais aussi dans tout son drame. Et, sous des dehors légers, l’enfance est lieu de torture personnelle, scène de mille et un crimes jamais avoués, sujet de fantasmes tout sauf anodins…

Martine à la plage, c’est l’histoire de la Martine de notre enfance; vous savez, Martine va à l’école, Martine petite maman, Martine fait de la voile… On retrouve donc Martine au début de l’adolescence. Martine est amoureuse. De Gilbert Marcel, son optométriste et voisin, marié et père de Chloé. Martine, telle une guerrière ingénue, s’imagine un amour réciproque, un poème réalisé, une histoire de passion qui enflammera tout sur son passage…un premier et dernier amour envers et contre tout!

Martine est toujours une petite fille dans son cœur. Son papa n’est jamais près d’elle. Il travaille toujours, loin de la maison, laissant Martine à son imagination débordante. Aviez-vous remarqué que même dans les albums de la collection Martine, le papa n’est pas très présent et que Martine est souvent confinée à des tâches de femme en devenir? Ce que Martine est aujourd’hui, est-il le résultat de cette enfance aseptisée?

Même si Martine à la plage n’est pas une suite de ces albums, il n’en demeure pas moins que l’on fait face aux répercussions de l’absence du père, du drame de l’enfance alors que les jeux deviennent guerres. Martine recherche-t-elle, d’une certaine façon, l’amour de ce père toujours absent? Que sait-elle de cet amour entre un père et sa fille, que peut-elle savoir de l’amour entre un homme et une femme? Y a-t-il différents amours? Car Martine cherche l’amour, envie Chloé d’avoir cette chance extraordinaire de petite fille d’avoir un papa pour elle, toujours là, qui joue avec elle, qui l’aime.

Martine est une femme dans son corps. Ce qu’elle ressent pour Gilbert la transporte dans des délires passionnels, elle cherche les occasions de le voir, toujours être près de lui, le sentir en elle, croire que lui aussi ressent cette passion dévorante et hors norme qui se fout des conventions, de l’âge, du temps! Martine est prête à tout pour vivre cet amour avec le seul homme qui lui ait démontré de l’affection.

Le talent de la jeune comédienne Sarah Berthiaume est pur délice dans le rôle de Martine. À elle seule, elle soutient l’attention des spectateurs avec son visage qui prend tantôt les traits d’une petite fille, tantôt les airs d’une jeune femme passionnée! Les artisans de cette pièce ont joué d’imagination en reprenant les objets de notre enfance pour en faire des pièces de support au déroulement de l’histoire.

On rit des liens faits par Martine avec certains de nos propres souvenirs d’enfance, comme si chaque spectateur se disait : « Tiens, je ne suis pas le seul qui faisait ça… » Martine a un peu de nous tous en elle: le cœur enfantin trahit par les émotions. Et si les belles histoires que l’on s’était imaginées ne finissaient pas toutes par « ils vécurent heureux… »? Quel drame se loge au creux de notre poitrine, alors qu’enfant, on apprend que la vie n’est pas toujours ce que l’on imagine?

La pièce Martine à la plage s’est méritée le prix du public lors du Gala des cochons d’or 2011, en plus de recevoir des nominations pour la conception d’éclairage, la scénographie et la mise en scène de l’année. Le théâtre Abat-Jour présente la pièce au théâtre Denise-Pelletier, du 12 au 29 septembre.

– Elizabeth Bigras-Ouimet

 

http://www.youtube.com/user/abatjourtheatre?feature=results_main

Martine à la plage

Production : Abat-Jour théâtre

Codiffusion : Théâtre Denise-Pelletier

4353 Ste-Catherine Est

514-253-8974

Texte et mise en scène : Simon Boulerice

Interprétation : Sarah Berthiaume

Scénographie et costumes : Julie Pelletier

Éclairage et direction technique : Maxime Clermont-M.

Régie et direction de production : Tania P.-Viau