Il est difficile de rester indifférent à la lecture du recueil de poèmes Maman apprivoisée de Geneviève Elverum, recueil bilingue publié de façon posthume, et traduit en anglais par l’éditeur de l’Oie de Cravan lui-même Benoît Chaput. L’autrice aux multiples talents s’est éteinte le 9 juillet 2016 à la suite d’un cancer du pancréas, un peu plus d’un an après avoir donné naissance à sa fille. Son recueil paraissait au printemps 2018.

D’une écriture douce, quotidienne, maternelle, elle relate les va-et-vient entre son lit, le sofa, et l’hôpital. Parce que, oui la maladie est déjà bien installée lorsque s’ouvre ce recueil. Bien rapidement, les mois qui devaient servir à apprivoiser son rôle de mère deviennent ceux qui seront décisifs, qui décideront de la suite de la bataille, de la maladie. Si le cœur ne vous déchire pas à quelques reprises à la lecture de ses poèmes parfois, faut bien le dire, gorgés d’angoisse, peut-être devriez-vous revoir vos priorités. Malgré tout, une force intangible et surhumaine guide la poète vers les petits moments qui sont chers à sa famille. L’espoir, jamais elle ne la quitte dans ses textes tendres et brodés de tous les sentiments qu’une mère peut avoir pour son enfant.  Un enfant qu’elle n’a par moment, même pas la force de bercer à cause des traitements et des soins qu’elle reçoit.

On est témoin d’une part du quotidien d’une mère, avec ce qu’il comporte et du quotidien de la maladie, dans ses détails les plus crus. Ce qui fait la force du recueil est sans aucun doute le regard réaliste qu’elle pose sur sa vie, et qu’elle réussit à transposer parfaitement en mots. On comprend aussi qu’elle aura tout tenter pour comprendre sa maladie et la guérir. « Il est grand temps / de guérir / la petite fille. »  Dans un poème particulièrement touchant, elle raconte qu’elle s’est attachée à cette araignée qui règne dans la salle de bain, comme une « amie qui veille ». Elle ne voulait pas que son conjoint s’en débarrasse parce « qu’elle me rassurait / de sa présence/permanence. » Mais quelqu’un est passé et a tout nettoyé. On comprend que dans la maladie, chaque croyance est importante.

Le recueil Maman apprivoisée fait suite à son premier recueil de poésie, Maman sauvage. Il est sans doute véridique d’affirmer que la publication de ce recueil posthume s’est faite dans le respect de l’esprit créative de l’autrice, parce que le tout transparaît à chaque page. En juin dernier est paru Une bulle (La Pastèque), un album qu’elle a écrit dans les derniers mois de sa vie et qu’elle adresse à sa fille. Elle signe Geneviève Castrée. Elverum ou Castrée, Geneviève est une artiste, et une maman, partie trop tôt, mais qui laisse derrière elle une œuvre forte et considérable.

– Elizabeth Lord

Maman apprivoisée, Geneviève Elverum, L’Oie de Cravan, 2018.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :