La vraie question reste pourtant : Qui n’est-il pas ? Un mime…. Oui, mais bien plus pourtant ! Raoul, interprété et habité par James Thierrée, est à la fois mime, danseur, acrobate, humoriste, violoniste, ensorceleur, marionnettiste, illusionniste et par-dessus tout incroyablement humain. L’héritage de Chaplin, auquel Thierrée fait honneur, est modernisé et s’exprime dans toutes les langues onomatopéiques et corporelles que l’on dénombre dans les arts de la scène. Chacun des mouvements de Raoul est précis, criant d’expression et synchronisé avec tant le décor, la musique que l’éclairage et les mécanisations. C’est parfois à se demander si la musique n’est pas elle-même transportée par ses pas de danse, tant il semble ne former qu’un avec elle. La fluidité et la subtilité des gestes soutiennent l’histoire et la portent à bout portant. Ses expressions faciales font ressentir chacune des facettes de l’Homme tout en évitant de sombrer dans une parodie.

Raoul évolue dans un univers qui se tord, se déconstruit, se dévoile, s’ouvre et se referme, joue à la cachette, explose et se dénude. La sobriété du décor cache pourtant d’innombrables ressources qui plutôt que d’être prévisibles, se dévoilent l’une après l’autre dans une succession d’ébahissements. C’est à croire que le décor est lui aussi vivant, se métamorphosant au gré de l’histoire de façon inusitée et déconcertante. Les accessoires, mécanisations et marionnettes, y évoluent de façon assumée tout en conservant toute leur théâtralité. Quoique le terme “marionnettes” puisse en effaroucher quelques-uns, l’allure parfois industrialisée des créatures s’amalgame parfaitement à l’environnement dégénérescent.

L’histoire de Raoul est intemporelle et accessible à tout âge, bien qu’elle ne tende aucunement vers l’infantilisation. Il exprime au contraire la force, la sensualité et les angoisses humaines dans un langage universel, quoique unique à lui-même. Bref, Raoul est l’exemple irréprochable d’un spectacle qui parle, même pour ceux qui n’ont pas les oreilles pour écouter.

– Sabrina Johnson

 Raoul, à la Tohu jusqu’au 13 septembre.