C’est une superbe rareté qui nous attendait comme pièce d’ouverture des FTA cette année: une pièce de Ibsen (dramaturge trop peu souvent monté sur les planches montréalaises), Un ennemi du peuple, mise en scène par le réputé metteur en scène Thomas Ostermeier.

Un ennemi du peuple, présenté en allemand (avec des sous-titres français et anglais) et avec un texte actualisé, raconte l’histoire du docteur Stockmann qui découvre que l’eau des bains thermaux, principale source de revenus de la ville, est contaminée et que des travaux dispendieux seraient nécessaires pour cesser de mettre la vie des gens en danger. Stockmann commence donc une dure lutte contre son frère, qui est nul autre que le maire, mais aussi contre la presse, les intérêts personnels de chacun, le peuple.

Le tout dresse un portrait lucide et dévastateur de la corruption, et de l’être humain face au pouvoir (et ne nous mentons pas, il était particulièrement ironique et porteur de sens de voir cette pièce ces derniers jours. Je suis certaine que je ne suis pas la seule qui, à la blague, s’est demandé si toute cette histoire d’eau imbuvable à Montréal n’était pas une élaborée campagne publicitaire pour la pièce, tant les similitudes se multiplient tout au loin de l’œuvre).

Oui, il y avait quelques lacunes ; particulièrement au niveau des sous-titres francophones qui n’étaient aucunement à la hauteur (l’anglais était beaucoup mieux) et au niveaux de quelques choix de mise en scène peu homogènes.

Cependant, il n’y a pas à dire, c’est de loin une des meilleurs pièces que j’ai vu au cours de ma vie (et pour être franche, j’en ai vu mon lot). Même si la base du théâtre est la catharsis, il est rare de ressentir autant d’émotions devant une œuvre, de se sentir autant interpellé, de rester figé au bout de sa chaise et d’y penser bien après la tombée du rideau. Il est rare aussi que la participation du public (qui dure environ 20 minutes), cette fois loin de toutes ces pièces qui jouent sur le « est-ce que c’est arrangé ou non », soit si pertinente.

Si vous avez le moindrement un intérêt pour la politique, la démocratie et les notions morales, sautez sur la chance de voir Un ennemi du peuple présentement au FTA. C’est réellement une pièce coup-de-poing: on en sort ni indemne, ni sans le goût de courir aux barricades.

– Marie-Paul Ayotte

Un ennemi du peuple, dans le cadre du FTA, 22-23 et 24 mai

http://www.fta.qc.ca/fr/spectacles/2013/un-ennemi-du-peuple