C’est avec la légendaire pièce écossaise que le Trident couronne sa saison. Et si l’aura maudite de Macbeth n’a pas atteint les treize comédiens de Marie-Josée Bastien, la destinée fatale du personnage restera une affaire sanglante. Hanté par la prophétie des trois sorcières, Macbeth tracera son chemin à coup de lame assassine. Mais je me demande : aurait-il agi de la même manière s’il ne l’avait pas su? De savoir que le pouvoir était à sa portée a-t-il corrompu son coeur? Ou bien son ambition l’aurait conduit à poser les mêmes gestes, à trancher les mêmes gorges au bout du compte?

Pour sa part, Lady Macbeth est la seule à être habillée de blanc. Mais contrairement au texte original, celle-ci n’est pas aussi pure que l’auteur l’a imaginée : non pas une femme qui encourage son mari à accomplir de grandes choses par amour, mais plutôt une arrogante manipulatrice qui pousse son époux au meurtre. Érika Gagnon interprète une femme moderne qui aurait pu agir elle-même, mais qui a choisi d’utiliser d’autres mains pour arriver à ses fins. Et lorsque les remords la font basculer dans la psychose, c’est une surprise pour elle comme pour tout le monde.

La langue et la magie de Shakespeare se traduisent merveilleusement bien en français, où la familiarité d’un « tu » ne pourrait être méprise pour la respectabilité d’un « vous ». Alors que le lyrisme des siècles passés est trop souvent mal servi par un ton déclamatoire, ce n’est pas le cas de Jean-Sébastien Ouellet et de ses compagnons qui nous ont emportés tout naturellement dans ce royaume déchiré par les luttes de pouvoir.

Les costumes semblaient adaptés à la vie en Écosse où le froid règne, mais je regrette que les hommes n’aient pas porté de kilts. Quant au décor, il rappelait un abattoir avec ces tables en acier et ces lames de toutes sortes, mais avec des airs d’asile psychiatrique froid et aseptisé. Un endroit où le sang et la folie peuvent couler des plaies béantes de la trahison et de la peur.

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C’est la dernière pièce de l’année, mais c’est aussi ma dernière critique. C’est satisfaite du travail accompli et riche d’une expérience formatrice que je tire ma révérence pour consacrer plus de temps à mes projets personnels. Au revoir, amis méconnus, on se reverra sûrement dans le monde réel…

Ariane Hivert

Macbeth est présenté au Théâtre du Trident à Québec jusqu’au 16 mai 2015. Texte de William Shakespeare, traduction de Paul Lefebvre et mise en scène de Marie-Josée Bastien.