Crédit photo : téléphone intelligent de Mélissa Pelletier

5 novembre 2014. Une foule monstre attend devant le Théâtre Rialto pour le show de Connan Mockasin et Mac DeMarco. Il fait froid, la file s’allonge de manière tout à fait ridicule… Mais qu’à cela ne tienne! Armés de courage, de beaucoup trop de cigarettes et d’une enregistreuse, nous (Nicolas Roy et Mélissa Pelletier, hello) avons réussi à entrer dans le lieu devenu hautement prisé pour la soirée.

CONNAN MOCKASIN

Nicolas : Alors avant même de parler du spectacle, il faut parler de ce qu’il y avait autour, de la coquille et de l’organisation, ou du manque d’organisation. Décris-moi ça Mélissa…

Mélissa : C’était pas facile. En fait, ils ont mal géré. Ils savaient que c’était sold out et que 1200 personnes allaient se pointer – parce que Nicolas a parlé à la barmaid, qui lui a révélé que la capacité maximale était de 1200 spectateurs –, mais ils ont eu l’air flabergasté par le phénomène, et le personnel n’a pas été particulièrement sympathique. L’affluence n’était pas du tout surprenante : le spectacle affichait complet depuis plus d’une semaine!

Nicolas : La cohue s’explique aussi par le fait que le vestiaire était obligatoire à 3 $ le foulard, ce qui est plus cher que partout ailleurs (habituellement 2 $ gros max). Mais là, les organisateurs savaient très bien qu’il y aurait 1200 personnes, donc 3600 $ à faire en coat check.

Mélissa : Oui, mais en même temps, j’ai de la difficulté à leur en vouloir.

Nicolas : C’est pas rien, quand même!

Mélissa : Les petites salles, pis les moyennes salles aussi, doivent trouver un moyen de se faire de l’argent.

Nicolas : Oui, mais le fait de vouloir se faire une piastre a nui d’emblée à l’ambiance. Plein de gens ont manqué la première partie. Au moment où le spectacle a commencé, il y avait encore une centaine de personnes qui faisaient le pied de grue dehors en attendant de passer aux cintres. Bon, ils étaient peut-être pas venus voir le premier truc, mais ils sont arrivés sur les lieux une bonne demi-heure avant de pouvoir entrer dans la bâtisse. Premier point négatif.

Mélissa : C’est sûr que ça a rendu le public fébrile.

Nicolas : Quand on poireaute pendant 30 minutes sur le trottoir, c’est sûr qu’on doit se dire qu’il y effervescence à l’intérieur. Un gros party.

Mélissa : Ça a mené à une forme d’excitation. C’est pas que tout le monde était en feu. Y’avait des personnes très excitées et d’autres vraiment vedges. Ça a créé un effet de fébrilité. Si le public avait crié d’une seule voix, personne ne se serait senti menacé.

Nicolas : Bon, pour parler du band de première partie maintenant. Pour réchauffer une salle, c’était parfait. On est à peu près dans le même genre, un peu déjanté, avec un personnage un peu bouffon. Pas bouffon dans ce qu’il fait, mais avec un son de guitare un peu pété, qui expérimente sur scène. Mais les costumes! Pour la petite histoire, le claviériste portait un pantalon de laine orange avec un col roulé de ratine bourgogne, tandis que Connan était drapé de velours vert forêt avec une veste rouge…

Mélissa : Merci pour la chronique mode Nicolas!

Nicolas : Attends… des souliers vernis et un chapeau à plume, sur ce qui semblait être une perruque platine.

Mélissa : Ou une visite chez le coiffeur qui a vraiment mal tourné.

Nicolas : Très mal, oui. D’où le chapeau peut-être. Quoique dans ses vidéos, il porte la même tignasse blonde.

Mélissa : C’est vrai?

Nicolas : Mais là, on aurait vraiment dit une perruque. Bref, moi j’ai vraiment aimé. J’avais l’impression d’écouter un gars qui présente son matériel, mais qui en sort complètement. Comme si ses chansons était accessoires au set qu’il voulait présenter. Il a joué quelques tounes de son album du début à la fin, mais il finissait toujours par une outro qui n’avait rien à voir. Puis, il amorçait une nouvelle pièce sans qu’on en soit certain. C’était une exploration sonique, mais une exploration de la scène qui était intéressante aussi.

Mélissa : C’était bien pour une première partie oui, mais je crois que si ça avait été le band principal, ça n’aurait pas fonctionné. Ça aurait apporté de la frustration, parce que genre, joue tes tounes! J’ai trouvé que ça tombait dans la nonchalance, un peu trop local de répétition. C’est l’fun, mais on avait l’impression qu’ils ne savaient pas où ils s’en allaient. C’est sûrement ça qu’ils veulent dégager. Mais même si t’es funky, un peu psychédélique, et que ta musique part dans toutes les directions, c’est l’fun de revenir dans le morceau.

Nicolas : Y’avait du brouillon. En effet, quand t’écoutes son set, tu te demandes à quoi peut ressembler l’album. Est-ce que je vais reconnaître les pièces qu’il a jouées? Probablement pas. Les jams plus costauds ne se retrouvent pas sur l’album, qui est autrement plus crooner. Mais moi, je reviens au cadre du spectacle. C’est un show qui s’annonçait déjà pas mal fêlé. Pour Mac Demarco, je crois que c’est un bon fit. D’ailleurs, y’a pas mal de monde qui connaissait et qui criait.

Mélissa : Bon, là, on n’a pas vu Mac encore. Mais autant ses tounes sont funky et qu’il joue là-dedans en entretenant un lien avec le public, autant on sent qu’il y a habituellement une direction. Je l’ai pas senti avec Connan, mais c’est pas pour autant négatif. J’ai juste senti que ça s’éparpillait.

Nicolas : Éparpillé, oui.

Mélissa : Mais je suis intriguée.

Nicolas : Oui, c’est selon moi un artiste qui gagne à être connu.

MAC DEMARCO

Mélissa : Ok bon, j’allais commencer avec ça: what the fuck? Qu’est-ce qui s’est passé? D’accord c’est Mac Demarco, ça affiche complet, il y a fébrilité, comme une excitation weird et difficile à saisir, avant même la première note. Mais là, c’est comme si tout le monde avait badtrippé en même temps… Non, mais que dire du public qui va sur la scène pendant une toune…? Que dire de la sécurité, complètement dépassée par l’événement qui évince un gars sorti de nulle part, prêt à nous jouer du David Bowie…

Nicolas : Tu sautes des étapes!

Mélissa : Pis toutes les filles qui ont sauté sur la scène! Voyons!

Nicolas : Ça a commencé avec une fille qui se pointe en catimini, embrasse tout le monde, susurre un petit message personnel dans l’oreille de chaque musicien, mais qui, après sa ronde, REFUSE de faire du body surfing, malgré les encouragements de Mac en personne.

Mélissa : Malgré oui, quelle fermeture d’esprit! On n’est pas fiers de toi Trixie. Tu permets qu’on t’appelle Trixie? On va t’appeler Trixie. Bref, c’est dur de mettre des mots à chaud sur un spectacle pareil. Dommage, parce que tout compte fait, c’était un bon show. Mais en laissant des gens s’assoir (ou se coucher) à l’arrière-scène, ils ont créé une ambiance un peu trop « bienvenue dans notre salon ». C’était pas une invitation à lancer à un parterre énervé, mettons. Surtout des jeunes qui donnaient pas l’impression d’avoir beaucoup de millage dans le rôle spectateur. Pour réagir de même, non.

Nicolas : Et ce que je n’aurais jamais cru voir, mais qui devait arriver, arriva. Cinquante personnes ont graduellement décidé qu’il ferait bon monter sur scène pour danser le temps d’un morceau.

Mélissa : Les gardes de sécurité n’ont pas été vite.

Nicolas : Tout le Rialto est resté interloqué. Les agents de la paix se sont pointés sur le tard, les fils ne raccordaient plus les instruments aux amplificateurs.

Mélissa : Ils ont arraché des fils, hein?

Nicolas : Oui. Même Mac Demarco, habité par l’esprit des Fêtes à l’année, avait perdu le sourire et devait se demander comment la soirée allait finir.

Mélissa : Décidément, quelque chose clochait chez ce public-là. Une trop drôle de vibe.

Nicolas : Mais qu’est-ce que ce gars-là dégage pour entraîner une folie pareille?

Mélissa : Le côté brouillon, le côté débonnaire…

Nicolas : Avec une réputation qui le suit. Un show de Mac Demarco, c’est le party.

Mélissa : Pour l’avoir déjà vu ailleurs, j’ai toujours senti chez lui un esprit de party, mais contrôlé. Un côté brouillon oui, mais sympathique. Les musiciens ne se prennaient pas la tête, mais ils ramaient tous dans la même direction, de façon cohérente. Ce soir, des limites ont été dépassées. Le spectateur ne peut pas monter sur scène et se comporter comme s’il était en bobettes dans son salon.

Nicolas : Je me demande vraiment qui était là pour la musique et qui était là pour la fête. En somme, qui était là pour dire : on était là.

Mélissa : Ouin.

Nicolas : Est-ce que le show était bon? Oui. Pourquoi? Parce que je suis allé sur scène. Et la musique? Je sais pas, mais je suis monté sur scène.

Mélissa : J’ai rien contre le trash « le fun » dans des plus petites salles remarque.

Nicolas : Oui, mais on est pas dans le même genre. La musique de Demarco est un peu pétée, mais sans plus. Comment est-ce que le type réussit à catalyser une foule et la rendre complètement dingue. J’ai pas de réponse.

Mélissa : À la Beatles.

Nicolas : À la Beatles oui!

Mélissa : Les filles qui se lancent sur scène et défaillent.

Nicolas : Et les Beatles ont arrêté de faire du live pour cette raison. Mais lui, il dégage encore l’attitude du kid brouillon, le dernier de classe qui était toujours en retenue. Celui qui n’aimait pas les règles, ni par la force des choses la discipline. Résultat, toutes les règles peuvent être transgressées dans un de ses shows.

Mélissa : Mais là il peut pu se le permettre, c’est ça. On était comme dans un épisode de Degrassi des années 1980. Et tu sais ce qui est triste? On n’a pas encore parlé de la musique. On n’en retient que le comportement de la foule.

Nicolas : Et voilà. La musique, on en reparlera dans un autre cadre si tu veux bien.

Mélissa : Bien d’accord.

Mélissa Pelletier et Nicolas Roy