Si une artiste et son album ont fait languir leurs admirateurs en puissance, c’est bien Marie-Hélène Delorme, dite FOXTROTT, et A taller Us. Quelques jours avant le lancement de son tant attendu long jeu dans le cadre de Pop Montréal, Les Méconnus s’est entretenu avec cette beatmaker à qui de joyeux lendemains son déjà promis.

Qu’est-ce qui s’est passé entre le mastering de l’album et aujourd’hui?
Pour ce qui est de l’album en soi, simplement de la négociation et des trucs légaux qui prennent du temps. Rien de trop palpitant. J’ai profité de cette période-là pour gagner de l’expérience sur scène, peaufiner le spectacle et travailler sur différents trucs.

Un combat entre l’artiste et la femme d’affaires en toi?
L’artiste est toujours un peu plus impatiente, mais il faut penser à long terme. Un an dans une vie, c’est pas grand-chose. Vaut mieux prendre son temps et sortir le produit dans les meilleures conditions possible. D’où ma décision de prendre mon mal en patience et de profiter de l’occasion pour apprendre et me préparer.

As-tu eu des doutes pendant cette période-là sur la qualité de l’album? As-tu été tentée de retourner aux bobines pour retravailler certains éléments?
Non, j’étais et je suis toujours satisfaite de l’album. Ça n’a pas changé. Il faut faire la paix avec ce qu’on a fait, le laisser aller et continuer à avancer.

Et pourquoi un label anglais (One Little Indian) plutôt que canadien ou américain?
J’ai rencontré des représentants de l’étiquette pendant un séjour à New York. Ils sont de Londres, mais ont aussi des bureaux à New York et ailleurs. Évidemment, c’est avantageux pour moi de miser sur un réseau de distribution plus important pour faire voyager mon album davantage. Ça m’a déjà permis de jouer en Europe, en France et en Allemagne notamment. Je retourne début décembre en Angleterre pour le lancement là-bas le 4 décembre.

Les critiques commencent à rendre leur verdict. Tu portes attention à leurs évaluations?
Le moins possible (rires). J’ai eu vent de… Je ne veux pas trop lire ces choses-là. Je suis contente si les gens en parlent, mais je préfère me concentrer sur ce que j’ai à faire. Ça nuit à l’assurance et à la confiance si on y prête trop d’attention.

Le matériel maintenant. Peux-tu me parler de ta quincaillerie?
C’est un mix difficile à décrire. J’ai beaucoup de claviers vintage du milieu des années 1970, mais je les agence avec des sons maisons et pas mal d’échantillonnage. En fait, j’ai du mal à expliquer d’où viennent les sons qu’on retrouve sur l’album. C’est un processus de transformation naturel. Pour l’album, disons que j’ai accordé beaucoup d’attention à la chaleur et à la rondeur des sons et des textures.

As-tu habituellement une idée préconçue du son que tu recherches?
Encore une fois, c’est difficile à expliquer. En général, quand le son apparaît dans ma tête, j’ai déjà une bonne idée du chemin à emprunter pour le créer. Je fais une série de « gestes » qui vont m’amener à destination, une façon de traiter le son, de savoir quoi jouer. C’est aussi un processus intimement lié à l’écriture. Tout arrive simultanément. Je ne compose pas une pièce avant de passer à l’étape de la production. Les sons et les mots s’inspirent les uns des autres

Es-tu seule à prendre les décisions finales ou t’es-tu entouré de gens en qui tu fais confiance?
J’ai des amis qui peuvent m’aider quand je suis bloquée. Ils passent au studio, je leur fais entendre quelques ébauches et leur demande leur avis. Parfois, le simple fait de faire écouter du matériel à quelqu’un donne des pistes de solution. Mais pour A Taller Us, le processus a été plutôt intime et sans grand dilemme. C’est n’est pas un album pour lequel j’ai dû faire un tri entre 50 chansons.

Un album facile ou difficile à pondre?
C’est relatif. Les bases de certaines chansons sont apparues en quelques heures seulement. D’autres ont nécessité six mois de travail. Ça dépend de la chanson, indépendamment de sa valeur. Parfois, j’avais l’impression d’avoir trois pièces alors que j’avais plutôt trois bonnes idées pour une même chanson. Il n’y a pas de règles, c’est vraiment mystérieux.

Je te donne deux options, tu tranches et me dit pourquoi. Bibitte de studio ou bête de scène?
J’haïs ça ces jeux-là (rires). Si j’ai à trancher et en considérant la chose à long terme, jusqu’à la fin mes jours, je crois que je choisirais le studio. Ce qui veut pas dire que je n’aime pas la scène. J’adore voyager et livrer mes chansons en direct.

Montreal based producer ou canadian pop singer?
Pourquoi il faut que je prenne des décisions pareilles (rires)? Aucune de ces réponses. Il faut mélanger le tout : chanteuse-réalisatrice montréalaise canadienne. La voix et la production sont à considérer au même niveau. D’ailleurs, je n’aime pas quand on omet l’un ou l’autre.

Best new music sur Pitchfork ou show sold-out au Corona?
Avoir une bonne critique sur Pitchfork, ça te garantit pas un show sold-out (rires)? Je vais y aller avec le spectacle à guichet fermé. C’est le vrai contact avec les gens. Une salle comble, c’est la preuve que plusieurs personnes ont écouté l’album et l’ont vraiment aimé. Une bonne critique, ça donne quoi à long terme? Le lien qui s’établit avec les fans m’importe plus que des louanges sur un site spécialisé pendant une semaine donnée. On fait de la musique pour la communiquer avec un public, d’autres humains.

Si je veux convaincre un ami d’écouter Foxtrott, quelle pièce je dois lui faire écouter et pourquoi?
Ça dépend. C’est qui ton ami (rires)?

Quelqu’un qui connaît rien.
Hum… Difficile. Chacune de mes chansons a son identité propre. À date, c’est intéressant. Les gens qui ont écouté l’album ont des réactions très différentes, selon leur provenance et leur personnalité. Ils s’attachent très différemment à certaines chansons. Évidemment, les plus mélodiques vont gagner la faveur des auditeurs qui sont moins connaisseurs en musique électronique. Comme Shields, plus catchy, qui a beaucoup joué à la radio en Angleterre. Les nerds d’électronique vont sans doute plus s’attarder à Driven par exemple. Mais je suis toujours étonné de voir que certains morceaux attirent plus l’attention que d’autres. De toute façon, c’était un peu mon intention de produire un album qu’on peut lire ou interpréter à plus d’un niveau. C’est assez accessible, mais ça peut plaire aux mélomanes qui accordent plus d’attention aux qualités de production. En fin de compte, j’espère seulement que les gens auront la patience ou le temps de bien écouter.

Lancement de l’album A Taller Us – vendredi 20 novembre, 21h; Centre Phi

Propos recueillis par Nicolas Roy