Lynne Cohen, Sans titre (Mur mauve), 2010

Faux indices. Une chaise de bureau, des murs de tôle, des drôles de fils électriques qui pendent du plafond. Un plancher en gazon artificiel, un fauteuil, une caméra de surveillance. Des dizaines de pièces où personne ne se trouve. Impressionnantes, intrigantes, parfois franchement inquiétantes. Lynne Cohen photographie des lieux soigneusement choisis, figés dans le temps. Ils semblent abandonnés depuis longtemps ou quittés depuis cinq minutes. Ils sont ternes ou hauts en couleur. De quoi a l’air votre salon quand vous n’y êtes pas ?

Lynne Cohen, pour vous immerger dans ces espaces où vous êtes surveillé, traqué, où le regard de l’autre vous inquiète d’autant plus que vous ne pouvez, vous, le voir, ne titre aucune de ses œuvres, ou très sobrement. En très petit, et à l’entrée de la salle. Rien pour accompagner chaque œuvre. Aucun moyen de savoir à quoi servent ces fils électriques ou si cette piscine se trouve à Istanbul ou à Brossard.

On Air, 2009, Laurent Grasso. Couleur, son, 8 min 52s

Vous êtes happé, complètement. Et c’est dans un état déjà un peu déconnecté de la réalité, imaginant vaguement le monde entier comme une succession infinie de pièces vides, que vous entrez dans l’œuvre de Laurent Grasso, Uraniborg.

C’est là que vous achevez de mettre en doute la perception que vous avez de l’espace, dans ce labyrinthe sombre aux murs pleins de trous. L’œuvre vous englobe. « Visibility is a trap », écrit l’artiste en lettres de néon de deux mètres de haut. L’œuvre ne s’offre pas au regard ; il faut la parcourir, la découvrir, la décortiquer.

Bref, l’emboîtement de Faux Indices et d’Uraniborg crée un monde à part dans lequel c’est l’œuvre qui vous observe, vous entoure, et non l’inverse. Dépêchez-vous d’y aller, ça finit dimanche. Et en sortant, allez donc sur De Maisonneuve essayer les 21 balançoires. Ça aussi, c’est ben l’fun.

– Anaïs Savignac

Faux indices de Lynne Cohen et Uraniborg de Laurent Grasso.

Jusqu’au 28 avril au Musée d’Art Contemporain de Montréal.

Pour plus d’informations : http://www.macm.org/