Crédit photo : Maxime Côté

« Je n’ai pas d’autre ennemi que la peur », a écrit le poète F.-L. Knowles. C’est sur ce ton ambigu, partagé entre le courage et l’effroi, qu’a débuté la pièce Love U Lovecraft le 22 mars dernier au Théâtre La Chapelle. Inspiré par la nouvelle The Colour out of Space de H. P. Lovecraft, The Other Theater propose une œuvre dense qui résonne de réalisme en ces temps troublés par le terrorisme.

La metteure en scène, Stacey Christodoulou, campe la pièce dans un décor minimaliste tout en nuances de gris. La table est mise. La musique et les sons, omniprésents, participent et accentuent les effets dramatiques de la scénographie. Tout comme les jeux d’ombre sur les murs de la maison qui reflètent, par des silhouettes, le fil ténu entre les zones d’ombre et de lumière de l’âme humaine. L’univers scénique est ainsi désincarné et semble hanté par des esprits malveillants.

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Crédit photo : Maxime Côté

Ce lieu représente celui d’une ferme qu’un météorite a foudroyée. C’est ainsi qu’en juin 1882, la maison d’Arkham devient une « creepy old house ». Les jardins sont brûlés, plus rien n’y pousse; les animaux ont fui tout comme les insectes. Un couple, amoureux, décide tout de même de s’y installer. C’est alors que la peur des phénomènes mystérieux et de l’inconnu s’insinue et prend toute son ampleur en envahissant d’angoisse la femme du couple. Elle devient que l’ombre d’elle-même; un esprit dévoré par la perte de contrôle sur son environnement et sur sa vie. « Malgré toute la science, le mystère de la tragédie reste entier », exprime Christodoulou en traduisant la pensée de LoveCraft.

La performance des cinq comédiens est puissante et magistrale. Ils réussissent de manière remarquable à incarner la peur, et ses multiples visages, autant dans leurs prestations physiques (certaines, époustouflantes!) que dans les dialogues et le récit de textes poétiques. Pièce expérimentale, Love U Lovecraft explore plusieurs formes d’expression artistique, misant sur les forces particulières des interprètes. Il en va également ainsi de cette œuvre jouée en français et en anglais, selon la langue maternelle de chacun des comédiens. Ces passages s’effectuent avec fluidité et sans aucune discontinuité. C’est donc par une narration non linéaire, où des bribes de sens éparses sont juxtaposées et entremêlées que la metteure en scène invite le spectateur dans un univers étrange et inconfortable.

Crédit photo : Maxime Côté

Crédit photo : Maxime Côté

« L’être humain ne peut accepter que la vie soit sans but, il a besoin de faire sens de ce chaos, de s’inventer des histoires », déclare Christodoulou. Véritable tour de force, cette pièce évoque l’inéluctable, voire la mort. Celle que l’on redoute, celle que l’on nie, celle que l’on pleure. Dans Love U Lovecraft, elle est symbolisée en de multiples peurs, certainement la plus grande de toute : celle de perdre le contrôle. Pourtant, personne n’y échappe. « Nobody gets out of life alive », dit la metteure en scène se remémorant la célèbre citation.

Marie-Paule Primeau

Love U Lovecraft est une production de The Other Theater et est présentée au Théâtre La Chapelle jusqu’au 2 avril.
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