Crédit: Jocelyn Cottencin

J’écrivais, il y a un an, que les Escales improbables étaient un arrêt sur l’art. Aujourd’hui, cette vérité surgit encore alors que le festival transgresse toujours les genres, investit les espaces publics, s’installe dans l’imaginaire comme une vitrine sur des créations uniques. Et en parlant d’arrêt, je reviens sur LOVE, présenté à l’Agora de la danse : un spectacle séquentiel constituant un véritable arrêt sur image.

En apparence, LOVE est un récit discontinu résultant d’un effet de montage dû à un enchaînement de tableaux, indépendants. Ces scènes se racontent à demi, offrent des possibilités d’interprétation qui s’impriment, constructions fugaces, signifiants autant que signifiés. Sur la plateforme d’un bleu électrique rappelant les plateaux de tournage, les interprètes – visages blancs et lèvres rouges – entrent et sortent selon le rituel de capter le regard : le pied se pose, la tête tourne, le pied descend, la tête se détourne. C’est un jeu d’ouverture et de fermeture dans un « cadre » qui structure une grande partie de la création. On capture un instant et celui-ci se répète, se rembobine.

Loïc Touzé est un artiste chorégraphe dont le travail est fortement marqué par le cinéma. Celui qui a débuté par un parcours de danse classique se tournera vers la liberté qu’offre le cinéma dans ce qu’il appelle l’empathie des images. Il collabore sur LOVE avec Latifa Laâbissi, artiste multidisciplinaire pour qui l’acte artistique suit l’évolution des modes de production et de perception.

LOVE est une œuvre abstraite où tout est porté par l’expression, l’imitation et la répétition. Dans la métamorphose propre à chaque fragment, les interprètes miment un sentiment allant parfois à l’exagération ou au burlesque. Les codes visuels de LOVE sont ceux du 7e art, ce qui en fait tout l’intérêt. Regarde-t-on encore de la danse ? Sûrement. Celle-ci est ramenée à une forme première dont le mécanisme corporel demande une grande maîtrise. Cela participe à la déconstruction de la danse, la ramenant sans doute aux bases : le mime.

– Rose Carine H.

LOVE était présenté en première canadienne à l’Agora de la danse dans le cadre du festival Les Escales Improbables de Montréal les 10 et 11 septembre derniers.