Un long silence. C’est ce qui nous a accueilli à la Sala Rossa mercredi soir. Sans être lourde, l’ambiance était solennelle. Un brin grave. Et avec raison: c’est dans le cadre du 100e anniversaire du génocide arménien que la foule s’est réunie pour Lousnak et le cri de la grue, un spectacle commémoratif organisé par Lousnak, une artiste multidisciplinaire remplie de talent.

Sur la scène, un joueur de doudouk s’est approché: Hraïr Hratchian. Une entrée en matière un peu longue, qui a été entrecoupée de la sonnerie endiablée d’un des spectateurs. Quand une dame a demandé à l’artiste d’en dire plus sur l’instrument dont il était en train de jouer, l’ambiance a été posée: c’est à un spectacle intime, grave, mais aussi convivial que nous aurions droit.

Kristin Molnar (violon, voix), Yves Desrosiers (guitare, voix), François Lalonde (batterie), Jean-Denis Levasseur (contrebasse, guitare), Ziya Tabassian (percussions), Saeed Kamjoo (kamantcha), Jessica Vigneault (piano, voix), Paul Kunigis (voix), Alexandre Ethier(Forestare, guitare), Karen Young (voix), Helmut Lipsky (violon), Sarah Bronsard (danse) allaient vite suivre.  À droite de la salle, Sam Kerson et Katah (peinture) et Dominique Normand (peinture) ont peint toute la soirée, tirant ensuite leurs oeuvres dans le public. Belle pensée.

Les artistes, loin de se contenter de performer, n’ont pas hésité à y aller d’anecdotes, d’évocations de leurs origines. Et pour ceux qui n’ont pas de racines arméniennes? L’intégration était totale, sans questionnement. Ce spectacle commémoratif envers ce grand drame humain n’en a pris que plus de souffle, de force, de résonance.

Et en tout et pour tout, à quoi a-t-on eu droit? Une réunion artistique où la maladresse avait sa place. Un ton inégal qui pourtant, avait son charme: quoi de plus touchant que des hommages multiples, différents, comme autant de mots d’amour – et aussi de révolte – envers tous ces gens morts lors du génocide arménien entre avril 1915 et juillet 1916. Un million deux cent mille Arméniens disparus. Peut-être plus. Autant de douleurs et de témoignages, qui ont sûrement également résonné à l’extérieur de la petite salle de spectacles de Montréal. On pouvait se douter de cette communauté qui devait au même moment, à travers le monde, penser à la perte de certains de leurs ancêtres. Et devant ce spectacle touchant et intime, on ne pouvait que se compter chanceux d’y être, nous, pour se souvenir.

– Mélissa Pelletier

Lousnak et le cri de la grue, 22 avril à la Sala Rossa