J’ai toujours aimé Gabriel Byrne, du doux professeur dans Les quatre filles du docteur March jusqu’à sa performance primée de psychologue dans In Treatment, je pense n’avoir rien manqué de sa carrière, si nous vivions dans la même ville, il aurait sans doute émis une ordonnance de restriction pour me tenir à distance. C’est donc avec grande hâte que j’attendais Louder than Bombs de Joachim Trier qui est à l’affiche au Cinéma du Parc depuis le 22 avril dont Byrne est une des têtes d’affiche en plus des non moins impressionnants Jesse Eisenberg et Isabelle Huppert.

Hâte aussi parce que Joachim Trier qui réalise le film a eu un début de carrière intéressant avec deux premiers longs métrages remarqués (Oslo, 31 août en 2011 et Reprise en 2006). Norvégien d’origine, il réalise ici son premier film en sol hollywoodien et, oui, Lars Von Trier fait partie de sa parenté.

Louder than Bombs est un drame familial : une famille est hantée par le souvenir de la mère, photographe de guerre, décédée quatre ans plus tôt dans un accident de voiture qui ne serait pas tout à fait un accident, mais plutôt un suicide. Le père, Gene (Byrne), ancien acteur qui a sacrifié sa carrière au profit de la famille et de la carrière de sa femme (Huppert). Jonah (Eisenberg), le fils ainé, un intellectuel un peu névrosé qui assume mal sa toute nouvelle paternité (lire, qui trompe son épouse nouvellement mère avec son ancienne flamme tellement libre). Et Conrad (Devin Druid), un adolescent maladroit, réfugié dans les jeux vidéos et dans une colère un peu immature contre son père. Enfin, il y a aussi la mère que l’on rencontre par le souvenir des trois hommes.

Une rétrospective des photographies d’Isabelle sera l’opportunité pour un collègue et amant de publier un article à la mémoire de la femme sur son œuvre et son suicide. L’article impose l’annonce au plus jeune qu’on a gardé de la nouvelle pour ne pas entacher le souvenir de sa mère.

Il y a deux grands axes de réflexion dans Louder than Bombs. Celui du rapport identitaire : qui sont vraiment ceux que nous croyons nos intimes? Isabelle était-elle dépressive comme dans le souvenir de Gene et Conrad ou passionnée et audacieuse comme dans celui de Jonah? Jonah est-il le plus solide de la famille avec son poste à l’université et son nouveau rôle de père ou est-il, en fait, plus perdu et lâche que Conrad?

L’autre axe, plus intéressant et original, est celui du rapport à la création. Est-ce qu’un artiste peut vivre sans pratiquer son art? Est-ce que l’art exige tout de l’artiste? Isabelle a abandonné mari et enfant pour l’excitation liée à sa pratique et elle est morte de la dépression de la vie ordinaire alors que Gene a abandonné sa carrière d’acteur avec aussi certaines joies et certaines déceptions.

Joachim Trier filme le drame avec beaucoup de distance; on pense aux films de la première vague, à Truffaut surtout. C’est un choix qui a bien servi le réalisateur dans le passé, mais qui, dans Louder than Bombs, rate un peu sa cible. Ici, l’impression demeure celle d’un film plutôt froid et les bombes du titre tombent malheureusement dans le silence et l’indifférence. Mentions honorables tout de même à l’utilisation très belle des voix hors champ, sortes de monologues intérieurs bien poétiques, à la très belle trame sonore de Ola Flottum et aux quelques moments où les personnages partagent des rêves, une façon intéressante et cinématographique d’accéder à leur psyché.

Il vaut peut-être mieux revoir les deux premiers films de Joachim Trier ou écouter l’album compilation Louder than Bombs des Smiths, pour plus de bruit et d’émotions.

Maude Levasseur

Louder than Bombs de Joachim Trier est présenté au Cinéma du Parc jusqu’au 5 mai.