Est-ce qu’il vous arrive parfois d’être charmé par l’ambiance, l’énergie d’un lieu qui vous fait vivre diverses émotions, où il est difficile de savoir en quoi cet endroit vient tant vous percuter? Dans le livre d’Annie Perreault, L’occupation des jours, elle explore l’inspiration des espaces témoins des moments de vie de chaque personne qui ose s’aventurer pour un bref moment, pour un passage ou pour y faire un bout d’existence. On se promène de terrains vagues en terrains vagues, en évitant, en trébuchant, en parcourant les chemins atrophiés, rocailleux, asphaltés, desséchés. Dix espaces, une soixantaine de textes uniques, mais qui, à certaines occasions, reflètent des préoccupations déjà exprimées dans les textes précédents.

TERRAIN CRITIQUE
Numéro de lot : 3.0
Type de lot : Cyberespace
Superficie : Indéfinie
Front : Indéfini
Profondeur : Indéfinie

(Ceci n’est pas mon idée, c’est un clin d’oeil à l’auteure qui nous donne cette information à chaque nouveau secteur! Question de vous mettre dans l’ambiance.)

Sa plume a une cadence qui m’a transportée dans ses récits. Des phrases bien ponctuées qui soulignent un rythme propre à cette artiste. À certains passages, il m’était ardu de m’identifier à quelques personnages, mais bien vite, une fascination grandissait concernant le cosmos des citadins gravitant autour de cette contrée. Parfois, on peut croire à des liens possibles, mais ils ne sont pas toujours certains… L’auteur laisse libre cours à nos souvenirs de lecteur puisque les protagonistes n’ont jamais de prénom, mais plutôt des «Il» ou des «Elle» qui nous permettent de reconnaitre nos amis, notre famille ou bien nos collègues.

La poésie des mots bien agencés les uns avec les autres éveille mes sens, mon coeur et me donne parfois des frissons lorsque je vis pleinement la perfection de ses phrases livrées à moi comme une offrande.

« À l’enterrement, il neigeait. Une neige de silence, lourde, qui met du temps à fondre quand on rentre au chaud. Je n’ai jamais pu lui confier qu’en devenant mère j’ai fini par comprendre son inquiétude de père, cette peur de ne plus jamais revoir son enfant. »

J’ai adoré cette lecture délectable, j’ai profité des espaces libres pour divaguer dans mon imaginaire intérieur. La solitude de chacun est pourtant universelle. Combien de fois vous êtes-vous senti seul dans un lieu, abandonné à vous-même, à vos angoisses, à vos maladresses? Et comment avez-vous comblé ce vide? Par un bien matériel, par une rencontre éphémère, une relation vide de sens? Dans ce livre, il est intéressant de mettre en parallèle le désordre, l’oubli  de ces lieux vacants désertés à nous… ces espaces seraient peut-être le reflet de notre vide intérieur.

L’occupation des jours est, selon moi, un recueil de nouvelles incontournable.

Ève Tessier

L’occupation des jours, Annie Perreault, coll. « Écarts », Éditions Druide, 2015.