Titre évocateur s’il en est un, je m’attendais à un défilé de clichés en assistant à la pièce L’obsession de la beauté. Ce n’est pas d’hier qu’on relate les tabous concernant la beauté idéale des femmes, la beauté virile des hommes, les anorexiques qui paradent dans les magazines, les publicités qui essaient de revaloriser les courbes féminines. On demande justice au nom de la beauté individuelle de chaque personne! Alléluia!

L’obsession de la beauté ne passe pas ni sous le bistouri ni par Photoshop. On nous offre du vrai, du contenu, de la chair autour de l’os si je peux m’exprimer ainsi. La pièce repose sur les personnages, qui nous ressemblent et qui nous bousculent, des situations typiques de notre vie, des conversations déjà entendues, mais qui prennent un sens beaucoup plus concret lorsque mises sous nos yeux. Comme si les personnages nous disaient : « Voilà. C’est ce que nous sommes. C’est ce que vous êtes. On fait quoi maintenant? »

Le débat débute par d’un incident banal, un commentaire lancé par Greg (formidable et touchant Mathieu Quesnel) sur l’apparence de sa copine Stéphanie (belle et naturelle Anne-Elisabeth Bossé) lors d’une conversation entre lui et son ami Fred (vulgaire et très convaincant David Laurin). Steph a un « visage ordinaire… » Oups.

Et l’amoureuse de Fred, Amélie (talentueuse et énigmatique Maude Giguère) rapportera ce commentaire à sa meilleure amie Steph. Ah, la solidarité féminine! Qui encaissera sa bévue? Greg.

Greg, c’est le « bon gars » typique, qui aime sa blonde, qui la trouve belle, qui couvre son ami Fred, qui encaisse les remarques d’Amélie, qui est vrai, qui fait chier par sa simplicité parce qu’au fond, on cherche toujours la faute chez ceux qui se foutent des apparences.

Fred, c’est le gars qui cumule blonde et maîtresse, qui s’en vante auprès de Greg, sans pudeur, sans honte, qui se regarde le nombril, narcissique, qui projette l’image de la réussite sociale.

Steph, c’est la femme en chacune de nous, qui refuse de ne pas être parfaite aux yeux de l’homme qu’elle aime, qui souffre pour un si minime commentaire parce que la pression sociale lui dicte depuis toujours que l’amour pour l’autre passe par la beauté physique…avant la beauté intérieure.

Amélie, c’est la femme sexy et arrogante, la femme en pleine possession de sa vie, la femme qui fait tourner tous les regards. C’est aussi la femme derrière le masque, la femme qui voudrait qu’on l’écoute plutôt qu’on ne la regarde.

L’obsession de la beauté, c’est des mots lancés consciemment, c’est des images enregistrées inconsciemment, pas de cliché, juste une pure et cruelle vérité : nous sommes soumis à ce que l’on voit, à ce que l’on entend, à ce que l’on attend de nous. Cette pièce nous touche parce qu’elle est proche de nous. On va droit dans le vif du sujet : quelle place prend la beauté physique dans notre vie?  Et sous ces apparences, que se cache-t-il? Une peur de communiquer ce que l’on est? Une peur d’être qui on est? Une peur de ne pas correspondre à quoi, à qui?

J’aimerais ajouter une petite suggestion bien personnelle : pourrions-nous voir cette pièce dans les écoles secondaires et en faire une pièce obligatoire à l’étude ? Il me semble que tous les éléments de L’obsession de la beauté seraient à-propos pour nos jeunes…

 

– Élizabeth Bigras-Ouimet

 

L’obsession de la beauté

Théâtre de La Licorne

Du 19 novembre au 14 décembre 2012

Billetterie : 514-523-2246

 

Production LAB87

Texte : Neil LaBute

Traduction : David Laurin

Mise en scène : Frédéric Blanchette

Assistance à la mise en scène : Jean-Simon Traversy

Distribution : Anne-Élisabeth Bossé, Maude Giguère, David Laurin et Mathieu Quesnel

Décor et costumes : Geneviève Lizotte et Sylvain Genois

Éclairages : André Rioux

Musique : Nicholas Savard-L’Herbier