Après son recueil de nouvelles La pharmacie à livres et autres remèdes contre l’oubli, Claude La Charité nous entraîne dans son Meilleur dernier roman où il y a encore beaucoup à savourer et à tirer de la substantifique moelle des livres. De la référence savante à la citation comique, on convoque l’histoire littéraire, on la fabule et on s’en moque parfois avec une douce irrévérence, mais, surtout, on la transmet joyeusement, et ce, dans une richesse stylistique et langagière louable.

Le dernier prix et l’homme-canon

Dans ce roman au registre burlesque tout autant qu’érudit, la fiction dépeint l’univers des prix littéraires et celui des institutions universitaires. Claude, un professeur qui essaie tant bien que mal de remplir ses responsabilités administratives, réfléchit au moyen d’augmenter la visibilité du programme de baccalauréat en « Création et imaginaire littéraires ». Tout découlera ensuite de l’idée du narrateur, idée assez délirante pour qu’il soit tentant d’en débattre des heures durant lors de réunions départementales qui s’étirent : attribuer un prix célébrant le meilleur dernier roman d’un auteur…  alors que ce dernier est encore vivant!

Est ainsi créé le prix Anthume, consécration oh combien protocolaire, mais à pleine plus chic qu’un « death pool » littéraire (où l’on parie sur les écrivains qui nous quitteront au cours de l’année), à la différence que c’est le futur-disparu qui repart avec le chèque (et le devoir de se taire à jamais)! S’ensuit l’élaboration scrupuleuse de la grille d’évaluation pour ledit prix, où le narrateur et ses collègues universitaires doivent débattre des critères pertinents pour déterminer si une œuvre est le chant du cygne d’un auteur ou « le coup de l’étrier du romancier finissant »!

Après moult délibérations sera retenue la candidature d’Henri Vernal, un « écrivain aussi délicat à manipuler que de la nitroglycérine ou Victor-Lévy Beaulieu », qui pourrait bien en être le dernier lauréat avec son plus récent opus : La grosse Bertha. Histoire d’une femme-canon.

L’écrivain à deux têtes

Cette histoire, bien arrosée de garum et menacée dès l’ouverture par l’implosion d’un pourceau volant, ne joue pas uniquement sur le registre de la farce, mais propose également une réflexion sensible et sérieuse sur « l’éternité de cette matière subtile, ce supplément d’âme que l’on appelle imaginaire ».  Elle rend hommage à ces premiers romans québécois qui nous influencent encore, à l’art de ces livres qui engendrent les livres. À la lecture « hyperactive » et boulimique. Aux curiosités littéraires de tout acabit.

Cette histoire expose la création des légendes.

Celle des écrivains, des monstres à deux ou trois têtes qui semblent écrire encore par-delà la tombe, sans cesse ressuscités par les critiques savantes et la relève qui s’en inspire.

Celles des personnages comme Henri Vernal. À la fois bête de foire et bête lumineuse.

Cette histoire est aussi une question posée à la littérature : peut-on vraiment écrire un dernier roman ?  Ou n’y aura-t-il toujours que le prochain?

– Marise Belletête

Le meilleur dernier roman, Claude La Charité, L’Instant même, 2018.

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