La première fois que j’ai lu L’Infinie Comédie (Infinite Jest) de David Foster Wallace, c’était il y a une vingtaine d’années. L’engouement pour ce livre était alors très grand et je tenais à faire partie de ceux qui avaient le courage d’entreprendre cette lecture. Je n’ y avais pas compris grand-chose pour être tout à fait honnête, et ce n’était pas en raison de difficultés que j’éprouvais à lire en anglais.

C’est que cet encyclopédique roman faisant plus de 1500 pages (dont plus de 300 sont des notes en fin de texte) en avait découragé plus d’un.

Mais voilà, seconde chance, puisque ce livre, initialement paru en 1996 aux États-Unis et instantanément hissé au rang de classique moderne, est enfin traduit en français aux Éditions de l’Olivier.

Comment le résumer, comment en faire une critique, après tout ce qui a été dit sur ce bouquin?

L’histoire débute dans un collège pour jeunes joueurs de tennis de haut niveau, dans une réalité dystopique où le Canada, les États-Unis et le Mexique forment une sorte de superpuissance, où la Nouvelle-Angleterre est polluée à un point tel que le président des États-Unis songe à la céder à ses voisins du Nord. Le calendrier y est renommé en fonction des diverses corporations pouvant se permettre de payer le prix pour l’altérer (Année des sous-vêtements pour adultes incontinents Depend, Année de Glad, etc.)

Hal Incandenza, jeune prodige sportif, devenu toxicomane à la suite du suicide de son père, attend de faire son entrée au prestigieux Enfield Tennis Academy en plein milieu d’un épisode dépressif.

Je ne vous parle que de la prémisse initiale, car peu de temps après tout déraille d’une grande et belle façon : comptant plusieurs narrateurs et divisé en neuf sections, et non en chapitres à proprement parler, L’Infinie Comédie est un livre inclassable, croyez-moi. Les intrigues y sont diverses, les digressions et ellipses y sont grandes et vastes.

Le bouquin va et vient entre les périodes, change de style narratif à brûle-pourpoint, les personnages secondaires revêtent rapidement une importance capitale et des détails semblant d’abord insignifiants peuvent soudainement occuper des centaines de pages.

L’art populaire et son impact sur la société, les techniques élémentaires du tennis, la toxicomanie, le suicide, la dépression, une étrange organisation de terroristes en fauteuils roulants, et même, par la bande, l’indépendance du Québec sont des thèmes que Wallace visite de façon pêle-mêle ou dans l’ordre, et avec lesquels il nous amène dans des contrées étranges sans faire d’effort, sans que cela paraisse forcé ou prétentieux.

Éclaté, c’est le mot juste.

Le mot marathon me vient aussi à l’esprit.

L’écriture y est géniale, sans précédent.

Une chose m’apparaît claire cette fois cependant, et les intellectuels littéraires avaient raison sur ce point : L’Infinie Comédie est un livre à ranger dans sa bibliothèque près de Finnegans Wake de James Joyce, de Les Cantos d’Ezra Pound, de la Bible King James ou encore des œuvres de Shakespeare.

C’est à ce point dense, foisonnant d’intelligence et d’audace littéraire.

Charles Quimper

L’Infinie Comédie, David Foster Wallace, traduit de l’anglais (États-Unis) par Francis Kerline, Éditions de l’Olivier, 2015.