Pour la première fois en langue française vient de paraître aux Presses de l’Université de Montréal un livre qui dresse un portrait global de l’Inde et de ses défis contemporains. L’Inde et ses avatars : pluralités d’une puissance, sous la direction de Serge Granger, Karine Bates, Mathieu Boisvert et Christophe Jaffrelot, est un ouvrage complet qui séduira tout lecteur sérieux désireux de comprendre les enjeux auxquels fait face le sous-continent. Amateurs de Lonely Planet, s’abstenir! Ceci n’est pas un guide de voyage. Reste que ce livre d’une très grande qualité est accessible à un large public, tant par sa facture qui le rend facile de consultation, que par le style de ses auteurs, d’une très grande clarté.

Le but de l’ouvrage – rendre compte des multiples facettes du pays, selon le point de vue ou l’angle d’étude adopté – est en définitive atteint, car malgré l’impossibilité de résumer un pays de 1,2 milliard d’habitants en 500 pages, l’esquisse qu’il en fait est à la fois vaste et nuancée. Divisé en trois parties, soit « L’Inde actuelle », « L’Inde culturelle » et « L’Inde internationale », le livre regroupe 21 chapitres et 14 auteurs autour de la question de la puissance que l’Inde est appelée à devenir. Et si l’histoire est mise de côté, les enjeux politiques, qu’ils soient internes ou externes, les rapports sociaux, les nuances culturelles et les défis économiques sont abordés sous plusieurs angles, ce qui permet d’avoir une vision d’ensemble de ce pays multiple et complexe.

Car si on entretient vis-à-vis du sous-continent plusieurs clichés et stéréotypes, L’Inde et ses avatars sait remettre les pendules à l’heure. On y traite autant de la situation des femmes, de l’hindouisme et du cinéma de Bollywood que du système électoral, en passant par l’influence qu’exerce la diaspora sur le positionnement international du pays et les problèmes écologiques qui menacent son développement. J’ai particulièrement aimé le soin qu’ont mis les auteurs à écrire pour être compris, quitte à faire des analogies avec nos propres systèmes et croyances; la lecture d’un ouvrage de référence peut vite devenir lourde et laborieuse, mais il n’en est absolument pas le cas ici.

La seule ombre au tableau est l’absence d’un chapitre sur la Partition, donnée primordiale pour comprendre l’Inde telle qu’elle est actuellement, tant sur le plan identitaire que dans une optique de politique régionale. Car bien que le contexte tumultueux de l’Indépendance soit mentionné dans plusieurs chapitres, jamais on ne donne au lecteur un véritable rappel historique, pas plus que les allusions aux conflits d’ordre territorial ne sont accompagnées de cartes géographiques. Mais il s’agit somme toute d’une broutille qui s’oublie facilement à la lumière de la richesse de l’ouvrage.

Bref, L’Inde et ses avatars est l’incarnation du livre de référence par excellence pour toute personne s’intéressant au pays et à la région sud-asiatique en général, et ce, même dans un contexte qui ne soit pas universitaire.

– Chloé Leduc-Bélanger

L’Inde et ses avatars : pluralités d’une puissance, sous la dir. de Serge Granger, Karine Bates, Mathieu Boisvert et Christophe Jaffrelot, PUM, 2013.