Reconnus pour leur musique vaste et mélodieuse, les membres du groupe danois Efterklang ont ajouté à leur équipe le percussionniste expérimental finlandais Tatu Rönkkö pour former le projet Liima dont l’album-concept ii est sorti cet hiver. Composé pendant quatre résidences d’un mois à Helsinki, Berlin, Istanbul et Madère, chacune suivie d’un spectacle présentant les fruits de leur séjour, ii n’aurait pris que trois jours à enregistrer. Inutile de dire que l’urgence et l’immédiateté sont au cœur de cet album. Liima était de passage au bar Le Ritz PDB le 29 septembre pour présenter un spectacle à la hauteur de nos attentes.

sheenah-ko

Sheenah Ko

Sheenah Ko : une artiste mystique

Avant Liima, deux premières parties ont tenté de mettre la salle dans une ambiance ensorcelante tout indiquée pour cette froide soirée d’automne. Seule derrière ses consoles et devant une foule attentive, Sheenah Ko a savamment lancé le bal avec ses pièces électroniques expansives. Maniant des rythmes simples, mais profonds, la Montréalaise d’adoption a dès les premières notes envoûté le public avec sa voix particulière aux multiples échos, similaire à celle de Dolores O’Riordan, référence certes vintage, et en toute cohérence avec ce son empruntant au trip hop, à l’ambiant et même au nouvel âge tant ces chansons étaient ponctuées d’élans méditatifs et cathartiques de synthés. Malgré une performance plutôt froide et courte, le mysticisme de Sheenah Ko est vraiment à surveiller.

•••

ginla3sling

Ginla / Photo : Calum Slingerland

Ginla : convenu mais convaincant

Avec un rock/pop indé plutôt convenu, Ginla attirait beaucoup moins l’attention. En essayant de se frayer un chemin parmi les conversations du public, le groupe torontois et brooklynois a présenté une série de chansons correctes mais trop gentilles, influencées au mieux des pièces les plus émotives de Blonde Redhead (entre autres grâce à la batterie nerveuse), au pire au son excessivement distinctif et recopié de Coldplay, la plupart du temps imitant le côté moins expérimental de Radiohead (la voix du chanteur y était pour beaucoup). Il faut tout de même souligner la maîtrise de ce son archi reconnaissable et une performance très convaincante : malgré tout, Ginla était un choix cohérent qui réussissait à s’arrimer avec les pièces les plus pop d’Efterklang.

•••

Liima / Photo : Thomas M. Jauk

Liima / Photo : Thomas M. Jauk

Liima : simple et virtuose

Entré en scène sur le fond de la chanson-thème de Jurassic Park,  Liima a surpris le public avec deux nouvelles chansons issues de la poursuite de sa pratique ponctuée de résidences européennes, cette fois à Copenhague et à Londres. Ces deux belles chansons aux percussions électroniques omniprésentes (toutes maniées de façon impressionnante par les mains magiques et ultra rapides de Rönkkö) ont placé la barre haute pour un spectacle qui ne s’est jamais essoufflé. Muni de trois microphones branchés à un trafiqueur de voix, le chanteur Casper Clausen a su manipuler avec doigté le fil tendu de sa voix, nous faisant par à-coups vivre des moments de grande beauté, entre rage et mélancolie, entre lamentations et silences. Clausen était accompagné des sons électroniques profonds, savamment placés par Mads Brauer. Issu de la pratique du « field recording » (création de sons enregistrés dans divers lieux à l’extérieur des studios traditionnels), ce type de programmation, constituant la marque de commerce d’Efterklang et maintenant celle de Liima, a été rendu sur scène sans la lourdeur et l’aspect laborieux qui peut parfois gâcher ce genre de spectacle. Mais il serait insensé de laisser de côté la basse qui, plutôt que d’être bêtement utilitaire, est placée au même plan que les autres instruments, volant parfois la vedette grâce au charisme contagieux de Rasmus Stolberg. À eux quatre, les membres de Liima ont offert un spectacle simple, sans flaflas ni artifices, cependant marqué par des moments d’extase (leur prestation de « Woods » était particulièrement magique) et qui avait l’immense qualité de nous présenter des virtuoses, des architectes sonores en pleine maîtrise de leur art, capables de construire des chansons savantes, poignantes et efficaces.

Nicholas Dawson