Fin novembre. Trois semaines que maman est morte. Et je ne ressens toujours rien.

Mon nom est Philippe Morel. J’ai 53 ans. Je suis un professionnel des communications. A part ma bagnole, mon ordi portable, ma tablette électronique, mon iPhone, Lanvin, Gucci et Hugo Boss, j’ai peu d’amis. Je n’arrive pas à entrer en relation avec les autres, les vivants, les organiques. C’est étrange, mais c’est comme ça. Et ça tient probablement au fait que je n’ai pas de nombril… »

Le nouveau roman de Michel Lebœuf, l’homme qui n’avait pas de nombril, nous entraine dans un thriller psychologique où le personnage principal nait sans nombril. Quel destin singulier que celui de ce personnage qui sera tour à tour l’objet de railleries, de mépris de son entourage et plus tard, même cobaye pour de bien curieuses expériences scientifiques. Toute sa vie et au-delà des apparences, Philippe Morel souffrira du regard que portent les autres à son égard puisqu’il est le seul homme sur terre à ne pas posséder de cordon ombilical qui relie, unit, un fœtus à sa mère. Ce manque d’attache le rendra insensible, cynique face aux gens et aux épreuves douloureuses que la vie de temps à autre nous impose.

Ce roman est structuré en trois axes : « Adagio », « Moderato » et « Prestissimo ». Dans « Adagio », l’auteur nous narre le présent avec subtilité et installe le lecteur confortablement dans un décor et un univers lourd de sens et de mystification. Dans « Moderato », l’auteur revient sur son passé avec un tempo et une intensité grandissante. Enfin dans le dernier axe, Prestissimo, impossible pour le lecteur de prendre une pause, le suspense nous envahie et nous tient en éveil jusqu’au bout.

La qualité et la force de ce livre réside dans le talent, la finesse d’écriture et l’ingéniosité de Michel Lebœuf d’arriver à ne jamais lâcher son lecteur. On est pris par la main du prologue jusqu’à la fin de l’ouvrage. Un écrit original qui ne manque pas d’envergure et de profondeur.

– Thibaut Vergez-Pascal

L’homme qui n’avait pas de nombril, Michel Lebœuf, Éditions Michel Quintin, 10 octobre 2013.