La scène de La Petite Licorne prend des allures de « road movie théâtral » franglais jusqu’au 24 octobre. En co-diffusion avec le Théâtre La Manufacture, les productions Troisième Voie / Third Way présentent « L’homme invisible/The invisible man ».

Cette adaptation théâtrale du poème bilingue de Patrice Desbiens est mise en scène par l’acteur et musicien Harry Standjofski. Deux acteurs talentueux, l’un anglophone, Jimmy Blais, l’autre francophone, Guillaume Tremblay, interprètent les deux entités indissociables de « L’homme invisible/The invisible man ».

« Bilingue de naissance, devenu orphelin très jeune, l’homme invisible quitte sa ville natale de Timmins en Ontario, entièrement dépossédé. Bilingual from birth, the Invisible Man finds himself torn between the two solitudes of his cultural identity. Entre l’Ontario et le Québec il partage son récit. He shares his story… »

Ce poème, écrit en 1981, met en scène un homme déchiré entre deux cultures, deux langues, deux solitudes. Au Québec, on le perçoit comme un étranger alors qu’aux yeux des Canadiens anglais, il est un Québécois.

Vêtus d’une chemise blanche, d’une cravate noire et d’un jeans, les personnages semblent disputer une joute d’orateur dans leur langue respective; l’un traduisant systématiquement la version de l’autre et inversement. Ils représentent ainsi les deux cultures qui s’affrontent ou se complètent au sein de l’homme invisible. Car oui, parfois, on navigue d’une langue à l’autre sans interruption, sans traduction, comme si on baignait aisément dans cette double entité qui semble pourtant problématique au personnage. Les acteurs parviennent ainsi, avec fluidité et spontanéité à nous embarquer dans leur « road movie » déluré, ponctué d’humour. On passe d’un bar évoqué par un écriteau en lettres rouges placardé sur une trappe dans la scène, à un bureau de chômage en présence d’un fonctionnaire terriblement ennuyant. C’est d’ailleurs l’une des scènes les plus drôles et habilement jouées. Je vous laisse deviner l’image à laquelle l’auteur compare le gouvernement.

L'homme invisible 1

La langue transpose les caractéristiques propres à chacune des cultures. Le français adopte des expressions québécoises cocasses. Par exemple, pour traduire « the most sexiest », le personnage emploie non pas les termes « la plus sexy », mais plutôt « la plus cochonne ». Le personnage semble ainsi s’adapter à la culture francophone, particulièrement à la culture québécoise.

La musique est prédominante dans cette mise en scène signée Harry Standjofski. Il est d’ailleurs présent tout au long de la pièce. Discret, assis à l’avant-scène, il accompagne le duo d’acteurs à la guitare électrique. Gabriella Hook, auteure-compositrice-interprète, est également de la distribution, installée derrière son piano. Sa voix angélique, empreinte d’une douceur enivrante évoque un amour déchu que l’homme invisible a vécu et qu’il se plaît à surnommer « son ange ».

Une pièce à voir, un texte à entendre.

Edith Malo

L’homme invisible/The invisible man est présenté à la Petite licorne jusqu’au 24 octobre. Pour toutes les informations, c’est ici!