crédits photo : Yan Turcotte

Il n’avait jamais aimé et voulait tenter le coup. Son ennui mêlé de compassion l’a poussée dans ses bras. Il ne l’a aimée qu’une fois qu’elle fut partie. Elle lui rappellera à jamais, mais ne reviendrait pas.

Christian Lapointe a choisi d’assembler deux textes de Marguerite Duras,  L’Homme Atlantique et La Maladie de la Mort et de les faire s’enchevêtrer pour en faire une pièce unique en son genre, présentée à l’Usine C du 12 au 15 février. Se faisant écho l’un l’autre et semblant se répondre, il est difficile de cerner quelle portion de texte vient de quelle œuvre, j’en profite donc pour souligner l’excellent travail de scénarisation derrière cette production.

C’est bien connu, chaque artiste tourne obsessivement autour d’au moins un concept qu’il tourne et retourne, l’explorant sous toutes ses coutures. Chez Marguerite Duras, ce sont entre autres, la répétition, l’absence, la perte et l’amour inachevé qui reviennent inlassablement sous le couvert de textes qui oscillent entre poésie et scénario. Pour une expérience complète, l’œuvre de Duras doit être lue à voix haute, Lapointe l’a bien compris et vient créer une entité physique des «didascalies» des œuvres et qui joue le rôle de metteur en scène dans la pièce.

Tout ceci n’est qu’une mascarade, une mise en scène. Le texte suggère, la voix (qu’on s’imagine être celle de Duras) l’exige. Une caméra, placée devant la scène, vient en ajouter à cette notion par la double représentation qui s’opère par sa simple présence; on ne joue plus seulement pour un public, on joue des personnages qui incarnent eux-mêmes des personnages qui jouent pour le public. Vient ensuite cette question du public, qui vient s’inspirer en consommant de l’art, alors qu’il est pourtant lui-même source d’inspiration des créateurs. Il vient projeter ses faiblesses, les décèle immédiatement chez l’autre, trouve immédiatement de quoi y pallier, mais appliquera-t-il  pour lui-même ces bons conseils qu’il prodigue aux autres? Et si la caméra était tournée vers lui depuis le début?

«Tu ne me vois pas? Je suis là, devant toi.» L’Homme Atlantique et La Maladie de la Mort vous exprime l’urgence de saisir le moment présent.

– Vickie Lemelin-Goulet