Crédit photo: Caroline Ablain

Levée des conflits est un spectacle magnifique. En plein cœur du FTA, alors que les superlatifs fusent de toutes parts, cette phrase peut sembler banale. Et pourtant il s’agit là, selon moi, de la meilleure façon de parler de cette chorégraphie de Boris Charmatz.

Le principe à la base de Levée des conflits est simple : 24 danseurs exécutent en boucle la même séquence de 25 mouvements, durant 1 heure 40. Et pourtant, il s’agit là d’un spectacle complexe, riche, un spectacle qui fonctionne par accumulation, stratification. Les 24 danseurs sont assis dans la salle, et iront se placer sur scène tour à tour, créant donc des décalages (alors que la première danseuse à avoir pris place sur scène termine sa première boucle des 25 mouvements, d’autres ne font que la débuter).

L’un des grands intérêts du spectacle réside dans le fait que les danseurs ne font pas, justement, qu’exécuter cette série de mouvements : ils l’interprètent. Ici, donc, aucune standardisation, chacun adoptant des rythmes différents, déplaçant les accents gestuels, les intensités, de sorte qu’on a constamment l’impression de voir un mouvement pour la première fois. De plus, l’habillage de la chorégraphie change lui aussi : les éclairages passent du chaud au froid, de couleurs saturées à des blancs cliniques. Et la trame sonore est elle aussi éclectique : si des sections du spectacle se font sur un accompagnement assez simple de piano, d’autres sont soutenues par une trame cacophonique qui fait penser à quelqu’un cherchant un poste à la radio.

Au final, Levée des conflits est une pièce sur ce qui fait danse en dehors de la chorégraphie. Sur ce qui donne du sens aux mouvements, sur comment ceux-ci traversent, sont supportés par des corps uniques. Sur la façon dont la singularité de chaque danseur affecte la lecture des mêmes séquences. C’est une pièce construite avec une main de maître, qui ne cesse de surprendre le spectateur, passant de moments cacophoniques à d’autres de pure beauté, de passages d’une grande intensité à d’autres d’un calme apaisant.

Construite comme une transe contemplative, Levée des conflits est une pièce pour danseurs, une pièce qui s’appuie sur la diversité de sa distribution. Et c’est aussi (peut-être même surtout) une preuve incontestable du talent exceptionnel de Boris Charmatz, de sa maîtrise incisive de son médium.

Un grand spectacle.

– Philippe Dumaine (@PhilDumaine)

Levée des conflits

30 et 31 mai, 20h

Théâtre Jean-Duceppe

dans le cadre du Festival TransAmériques

http://www.fta.qc.ca/fr/spectacles/2013/levee-des-conflits