Myriam Fougère, la réalisatrice de Lesbiana – Une révolution parallèle, s’est promenée entre différentes villes (Montréal, New York, Texas) et époques (des années 70 à aujourd’hui), ainsi qu’entre l’intime et le politique, pour nous livrer un documentaire fort intéressant et bien ficelé sur la « révolution lesbienne ».

Afin que ne tombe pas dans l’oubli ce moment historique de l’affirmation politique du lesbianisme, la réalisatrice donne la parole à plusieurs femmes lesbiennes – artistes, philosophes, féministes – qui ont participé activement à cette révolution. « Par ce film, nous existons davantage. », a d’ailleurs commenté une spectatrice.

« Lesbiennes, dans la rue! »

Photos d’époque et archives vidéo à l’appui, Fougère présente les liens entre le féminisme et le lesbianisme. Si la pensée populaire associe déjà ces deux concepts, il est intéressant de voir au-delà du cliché pour comprendre ce qui les relie. Dans les années 70, comme on le sait, plusieurs femmes se sont révoltées contre le patriarcat et ses multiples tentacules – violence, agressions sexuelles, inégalités, etc. D’une part, la prise de conscience des comportements machistes a éloigné certaines femmes des hommes. D’autre part, le militantisme féministe favorisait les rencontres entre femmes. Le contexte social et politique, où les catégories de genre devenaient moins rigides, a également permis l’émergence d’une lutte pour la diversité sexuelle.

La féministe Lise Moisan signale que le mouvement féministe québécois, même si composé en grande partie par des lesbiennes, a fait de la lutte pro-choix son cheval de bataille. Si cela peut paraître étrange, voire ironique, on peut y voir une articulation intéressante entre la lutte pour les femmes et le lesbianisme.

Terres « pour femmes seulement »

Par la suite, certaines lesbiennes se sont séparées des groupes féministes pour se concentrer sur la lutte contre l’homophobie. Parmi elles, des lesbiennes dites séparatistes ont voulu se dissocier de la société patriarcale, pour se sentir plus libres et en sécurité. Elles se sont donc créé des espaces non-mixtes, dont des festivals de musique, des bars et des campings. Les plus radicales d’entre elles ont même acheté des terres pour construire des maisons et vivre en communauté. (Non, il ne s’agit pas de science-fiction ni d’un scénario de film porno!). Les « terres des femmes », populaires aux États-Unis – où on en trouve encore quelques-unes – , ont également existé au Canada. Au Québec, des lesbiennes vivant en communauté sont allées jusqu’à modifier le langage, terminant les noms communs par « elle » – un oiseau devenant ainsi une « oiselle ».

Comme l’explique la théoricienne Louise Turcotte, le mouvement lesbien s’est scindé en deux groupes : séparatistes et non-séparatistes. Alors que les premières cherchaient à se créer un monde à elles, coupé du patriarcat, les autres souhaitaient changer la société patriarcale afin d’y vivre moins d’injustices. Deux stratégies inconciliables, qui ont divisé et affaibli le mouvement, estime Turcotte.

L’après-film

Plusieurs personnes présentes dans la salle, surtout des femmes dans la quarantaine et plus, souhaiteraient que des jeunes lesbiennes assistent au documentaire. « Elles doivent connaître la lutte des lesbiennes pionnières afin de continuer notre combat. », a suggéré une spectatrice. Cela dit, le documentaire reste pertinent pour tous et toutes. Un homme a d’ailleurs affirmé l’avoir trouvé très intéressant. Heureusement pour lui, la projection n’était pas un événement non-mixte organisé par des lesbiennes séparatistes…

Le Cinéma du Parc présente Lesbiana – Une révolution parallèle chaque soir jusqu’au 28 juin.

– Edith Paré-Roy