Si le festival FRINGE est en grande partie constitué de comédies et de numéros de stand-up, la pièce Les Troyennes rachète à elle seule la part de tragédie attendue par tous.

Jacinthe Gilbert, la metteuse en scène, s’attaque à la plus amère des pièces d’Euripide. Et nous présente, non la version première du penseur grec, mais l’adaptation plus politique écrite par Jean-Paul Sartre à Rome en 1964.

Quand le chef de file de l’existentialisme s’attaque au texte d’Euripide, la France sort à peine de la guerre d’Algérie. À travers Troie, c’est bien d’elle, l’Algérie, dont il parle. Le philosophe condamne les guerres coloniales : il pleure, avec Euripide, sur leurs victimes silencieuses. La tirade de chaque Troyenne est construite comme une démonstration des traumas de la guerre où même le plus innocent des innocents –le fils d’Andromaque– n’est pas épargné.

Dans une interview pour l’hebdomadaire yougoslave NIN et publiée par la revue Bleu nuit, JPS explique : « Pour que notre public puisse ressentir les vérités profondes exprimées par Euripide, il était nécessaire de dramatiser la pièce et de modifier certains personnages ».

Pour Jacinthe Gilbert, la rencontre avec le texte de Sartre a été « un moment inoubliable et incontournable… Il raconte ces grandes guerres à travers le regard de grandes femmes ». Autour d’elle, dans ce projet, il y a aussi le compositeur Marc-André Perron et la troupe du théâtre Omnivore.

Pas de décors, une mise en scène minimaliste, seul le texte habille la scène. Les légers élans musicaux servent uniquement à tambouriner la fatalité de chaque discours, de chaque acte, de chaque sanction.

Dans la bande d’acteurs, il faut souligner deux performances particulières. D’abord, celle de Béatrice Aubry interprétant une Cassandre gracieusement hystérique.

Et celle d’Hélène qui crée le silence dans la salle opaque. L’actrice, Joelle Lanctot, maîtrise le jeu des contradictions de «la plus belle femme du monde» à la perfection. Sous une tirade à la limite du machisme ou du féminisme (on ne sait plus bien), elle incarne la dualité immémoriale des auteurs de la guerre.

Le théâtre Omnivore offre une production à la fois divertissante et hautement philosophique. Que demander de plus!

– Lisa Revil

Les Troyennes, texte de Jean-Paul Sartre et mise en scène de Jacinthe Gilbert

Du 13 au 21 juin 2014 au théâtre La Chapelle dans le cadre du festival St-Ambroise FRINGE.