Le festival du Jamais Lu a lancé son édition 2015 avec une lecture de S’appartenir(e). Plus qu’un titre, c’est aussi la trame de fond aux prises de paroles qui jalonneront cette année l’événement théâtral. S’appartenir, un verbe qui nourrit les réflexions et les angoisses et dont les réponses semblent nous filer entre les doigts.

Publié chez Atelier 10, S’appartenir(e), œuvre collective de huit auteures, en est à sa troisième mise en lecture, les précédentes ayant eu lieu au CNA à Ottawa et au Trident à Québec. La publication en version papier a suivi ces deux performances. C’est donc Aux Écuries que cette parole au féminin a résonné pour ouvrir la porte sur une actualité intime et solitaire, mais en même temps, si collective.

Sur un écran blanc sont projetés des paysages de Geneviève Lizotte qui, à travers ces prises de vues, donne son point de vue sur cette question trouble, de même que huit femmes, présentes et absentes, solidaires et braves, avec leurs mots mûris qui invitent au dialogue. C’est ce qu’une représentation théâtrale suggère et incite à faire. Pourtant, bien avant d’entendre et de voir ces énergies brutes, j’ai eu sous les yeux les mots, ces questionnements qui ne rendent pas compte d’un nouveau féminisme, comme dit Anne-Marie Olivier, mais qui sont révélateurs de pensées qu’on doit à tout prix avouer. Pourquoi ? Peut-être parce qu’une alarme sonne quelque part. Dans sa lettre au premier ministre, Véronique Côté le dit si bien : « Quelque chose, ici, se dérègle. Le monde, notre monde, tangue. De plus en plus de gens en tombent. »

Qu’est-ce s’appartenir(e) au féminin pour Marjolaine Beauchamp, Joséphine Bacon, Véronique Côté, France Daigle, Rébecca Déraspe, Emmanuelle Jimenez, Catherine Léger et Anne-Marie Olivier ? Est-ce tout remettre en question ? Se positionner toujours contre ou avec un autre ? Qui avons-nous comme maîtres ? Notre engagement social, notre amour pour les nôtres, notre place dans la collectivité ou hors cette collectivité? Elles répondent avec humour, poésie, en fiction ou en lettre ouverte, et surtout, avec espoir.

Dans l’entrevue de Joséphine Bacon dont quelques extraits ont été retransmis durant le spectacle, celle-ci avoue ne jamais penser à ce mot dont le sens a pris son ascendance en politique. Pour elle, on n’appartient à personne et rien ne nous appartient. Cette liberté est ce qui semble se rapprocher le plus de l’appartenance de soi, mais en même temps, il serait naïf de croire que c’est aussi simple.

Renonce-t-on nécessairement à soi lorsque nous choisissons d’appartenir à nos enfants, à ceux qui allument un feu salvateur en nous ou à nos rêves ? Sûrement pas, mais nous posons quand même la question car l’impression que quelque chose nous a été dérobé persiste. Ce spectacle est la somme de cette impression.

Rose Carine H.

S’appartenir(e) a été présenté Aux Écuries dans le cadre du festival du Jamais lu le 1er mai 2015. Le festival se poursuit jusqu’au 9 mai 2015.

L’ouvrage est le troisième titre de la collection « Pièces » d’Atelier 10.