Comment devenir un adulte quand les repères s’envolent? Billy fuit ses responsabilités depuis longtemps déjà. Barman dans un pays qui n’est ni le sien, ni celui de ses parents, il est forcé de rentrer à Montréal lorsque la maladie de son père se transforme en fatalité. Billy doit donc, pour la première fois, assumer son âge et apprendre à prendre soin : de son père, de la maison familiale peuplée de fantômes, de ce qui reste de la famille, des autres autour de lui. Lui qui a, sans se le dire, attendu passivement le retour de sa mère toutes ces années devra s’ériger en nouveau pilier de la famille, pour le bien de son frère mais également pour le sien.

Les questions orphelines est le premier roman de Morgan Le Thiec, qui a deux recueils de nouvelles à son actif. Publié aux éditions Pleine lune, le livre reconstruit fragment par fragment le passé nébuleux de cette famille qui n’en a jamais été une. Après les souvenirs d’une enfance heureuse auprès d’une mère en décalage avec la réalité et d’un père autoritaire, Billy évoque le vide, la déchirure dans sa vie, le grand questionnement : pourquoi sa mère est-elle partie? Où est-elle allée? Et surtout, pourquoi ne l’a-t-elle pas emmené avec elle? Toute sa vie, Billy a évité de se poser des questions; en bon fils d’Américain, il a suivi son père à Boston, joué au hockey et au football, puis a fui vers l’Europe lorsque son père a voulu revenir à Montréal. Pendant ce temps, son frère s’éloignait, et avec lui la possibilité de comprendre et d’accepter le départ de sa mère. Mais la maison familiale abrite encore une partie de son enfance, et au contact de celle-ci comme au contact d’enfants – ceux des autres, le sien –, le désir de connaître le fin mot de l’histoire devient irrépressible.

Le roman de Le Thiec est tout en incertitudes et en questionnements; on nage dans l’intériorité de Billy, au gré des souvenirs qui ressurgissent. Car si le personnage tente de retracer sa mère, sa quête n’a rien de proactif, au contraire : conditionné à l’attente, ce n’est qu’avec réticence que celui-ci se pose des questions, fouille dans le passé, interroge les gens. Avec pour résultat un roman au rythme très lent, qui ne satisfait pas complètement la curiosité du lecteur même si les révélations sont au rendez-vous. On aimerait connaître les raisons de la rancœur de Micky, le frère écrivain, mais elles restent dans l’ombre, à peine esquissées. À la place, on assiste aux mêmes scènes et aux mêmes réflexions, sur lesquelles Billy tente de jeter une nouvelle lumière sans toutefois y parvenir.

Il s’agit donc d’un roman atmosphérique qui tourne presque en rond que nous offre Le Thiec avec Les questions orphelines. Si l’histoire de Billy offre l’opportunité de s’interroger sur le passage à l’âge adulte et le rôle des parents dans cette étape de la vie, elle permet surtout d’affirmer que toute question ne saurait trouver sa réponse et qu’il faut continuer à vivre, malgré tout.

Chloé Leduc-Bélanger

Les questions orphelines, Morgan Le Thiec, Pleine lune, 2015.