Crédit: Bruno Guérin

En lumière du printemps érable, il est de mise de se poser des questions sur notre identité québécoise, d’analyser notre engagement collectif envers notre nation, de regarder à la loupe ce qui s’est passé, mais aussi, ce qui se passera. Les Mutants, présenté dans la salle principale de la Licorne jusqu’au 1er décembre prochain, aborde ces thèmes dans une optique politique, mais aussi dans un aspect fort humain. Car une société, ça vieillit tout comme les gens qui la composent.

Dans un décor rappelant une classe d’école de l’époque de la Révolution tranquille, on retrouve huit étudiants. Ils sont à la fois adolescents et dans la trentaine, à la fois naïfs et fort bien instruits, à la fois remplis d’espoirs et désespérés. La pièce se divise en courts tableaux – qu’on pourraient presque qualifier de sketchs – où tour à tour les standards de la vie écolière, comme la dictée et les présences, sont interprétés dans un contexte particulier, souvent à caractère politique (plusieurs citent ou font référence d’ailleurs, en tout ou en partie, à des textes ou des discours militants québécois). Les tableaux sont parfois incohérents, et sans grands liens entre eux – et certains, purement superflus –, mais il est rare de voir une pièce de théâtre qui réussit à être si profondément drôle et ludique tout en conservant l’attention intellectuelle des spectateurs à un si haut niveau.

La qualité technique des Mutants est indéniable. Il y a bien longtemps que je n’avais pas vu une conception scénographique et de costumes (mon coup de cœur de la soirée) si réfléchies dans ses moindres détails. Les interprètes sont tous aussi talentueux les uns que les autres et le multimédia est fort bien utilisé. La mise en scène de Sylvain Bélanger, qui nous avait déjà démontré la hauteur de son talent avec Billy(les jours du hurlement) l’année dernière à la petite salle de la Licorne, est créative et efficace. La conférence, présentée tous les soirs par un conférencier différent, est fort intéressante, mais nuit beaucoup au rythme de la pièce.

Bien sûr, ce genre de pièce engagée et peu explicative ne conviendra pas à tous. Ceux ayant une plus mince connaissance des enjeux politiques et historiques du Québec risquent parfois d’être perdus. Certains trouveront peut-être que plusieurs sujets sont abordés en surface. Bref, on pourrait percevoir cette pièce comme un amas de paroles accusatrices, qui propose bien peu d’actions concrètes. Cependant, Les Mutants est un regard fort pertinent, quoi qu’un peu décousu, sur notre société québécoise, et donc sur nous-même.

– Marie-Paul Ayotte

 

Production Théâtre de la Banquette Arrière

Une idée originale de Sylvain Bélanger et Sophie Cadieux

Mise en scène : Sylvain Bélanger

Assistance à la mise en scène : Olivier Gaudet-Savard

Comédiens : Sylvain Bélanger, Amélie Bonenfant, Sophie Cadieux, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Éric Paulhus, Simon Rousseau, (la voix de) Lise Martin et un conférencier invité à chaque représentation

Décor : Évelyne Paquette

Costumes : Marc Sénécal

Éclairages : André Rioux

Musique : Anne-Marie Levasseur, Laurier Rajotte et Caroline Turcot

Intégration vidéo : Yves Labelle

Mouvements : Frédérick Gravel