Crédit photo : Vincent Champoux

Après avoir présenté une première mouture encore à l’état brut de la pièce Les murailles lors du Carrefour international de théâtre de Québec en juin 2017, l’auteure et poète Erika Soucy nous arrive avec une version achevée de sa pièce, basée sur le roman du même nom, publié chez VLB en 2016. Retour.

C’était un roman touchant, sensible, une œuvre au succès indéniable qui a propulsé l’auteure au rang des voix les plus singulières et uniques de la littérature d’ici. Sur scène, qu’est-ce que ça allait donner? La mise en scène de Maxime Carbonneau est toute en lumière. La distribution, constituée de comédiens aguerris, polyvalents et immensément talentueux, est en béton (levée de chapeau au trio d’acteur composé d’Éva Daigle, Gabriel Cloutier Tremblay et Philippe Cousineau). Ils interprètent avec brio une galerie de personnages qui sont tour à tour attachants, humains, cocasses et tendres. Erika Soucy, elle-même, brille de 10 000 feux dans son propre rôle de poète en recherche de son père.

Il faut admettre que c’est un tour de force que de parvenir à nous émouvoir avec une histoire que l’on connait déjà. À travers des personnages en quête d’eux-mêmes, on découvre la relation houleuse qu’entretient malgré elle une jeune femme déterminée avec un père absent plus souvent qu’autrement. Les scènes entre la poète et son père (superbe Jacques Girard) sont particulièrement émouvantes. Elles sont émotions pures, chargées d’électricité.

Le roman est excellent. L’adaptation théâtrale est à tomber par terre. Les murailles nous offre un spectacle qui prend à la gorge et qui nous tord le cœur. C’est une pièce remplie de silences. De moments tendres, drôles… Parfois remplis de malaises. Une pièce murée de lumière, une œuvre imprégnée de fierté, celle de ceux qui fendent en deux les montagnes, de ceux qui ne savent pas toujours comment dire les bons mots.

C’est un moment de grande poésie. Elle est disséminée partout dans le texte, bien sûr, mais elle se cache aussi dans les regards échangés, les haussements d’épaules, les grandes tapes dans le dos et les gros rires gras. Et c’est dans tous ces petits moments fragiles et maladroits que l’émotion circule le mieux, que la pièce parvient à nous ébranler encore et encore.

Charles Quimper

Les murailles, Théâtre Périscope, du 9 au 20 avril 2019. Pour toutes les informations, c’est ici.