C’est en direct de Rome que j’envoie cette chronique. Ma première sortie de Paris depuis mon arrivée! J’ai très hâte d’en parler plus largement dans une prochaine chronique. D’ici là, je vous propose une critique d’une pièce d’Olivier Choinière qui a été montée et présentée par des Parisiens à Paris.

 

Critique de Félicité d’Olivier Choinière, mise en scène par Frédéric Maragnani.

Le théâtre du Tarmac présente des œuvres de la francophonie, dans le but de saisir les différentes facettes des cultures francophones et de mieux s’ouvrir à ces dernières. Animé par un esprit de fraternité, il cherche aussi à promouvoir des œuvres récentes afin de permettre à tous de mieux cerner la réalité actuelle des nations francophones et c’est donc dans une optique de rapprochement et d’apprivoisement que le théâtre du Tarmac propose une programmation variée et contemporaine*.

 

Du 12 février au 2 mars, c’est la pièce Félicité d’Olivier Choinière qui a été mise en scène et jouée pour la toute première fois en sol français et c’est Frédéric Maragnani qui en signe la mise en scène.

Félicité est une pièce relativement courte, un peu plus d’une heure, mais complexe. Les personnages racontent d’abord l’année 2000 de Céline Dion, puis celle d’Isabelle, une femme qui se meurt, négligée par sa famille et celle de Caro, une employée du Wal-Mart, grande admiratrice de Céline Dion. L’histoire est racontée par Oracle qui est en fait le double de Caro. Oracle orchestre les pièces qui relatent les récits des personnages. Obnubilés par la société du spectacle, les personnages apparaissent à la fois aliénés et désincarnés.

En entrevue, Frédéric Maragnani admet avoir travaillé la pièce d’un point oral. Il s’est concentré sur le rythme, la prononciation, l’intonation. Il a donc focalisé sur la musicalité de l’œuvre en la lisant comme une partition. Ce faisant, le rythme de la parole est donc au centre de cette adaptation française. Ce choix est judicieux et tout à fait à propos puisque la pièce s’y prête à merveille. Néanmoins, et c’est là que le bât blesse, c’est aussi dans cette interprétation du texte que le plus gros faux pas est commis à mn avis. En effet, Frédéric Maragnani a lu la pièce sans prendre en considération l’accent québécois. À plusieurs reprises, le rythme ne colle tout simplement plus au texte, la fluidité recherchée manque à l’appel.

La pièce, qui ne flirte pas a priori avec la comédie, a néanmoins été accueillie ainsi. « C’était bien divertissant tout ça, on a bien rigolé. » ai-je entendu à ma droite. En effet, à maintes reprises, le public s’esclaffait lorsque les comédiens tentaient d’imiter (en vain) l’accent québécois. Les acteurs n’arrivant tout simplement pas à s’imprégner de l’accent, ils apparaissent de manière complètement burlesque. Le public en vient à accorder beaucoup d’importance aux quelques « hostie » mal prononcés et aux phrases en anglais complètement bafouées. Tout le dramatique de la pièce est alors gommé au profit d’un humour burlesque. Les référents culturels sont mal intégrés et sont dès lors tournés en dérision : le « Céliiiiiiiine » n’est tout simplement pas compris. Cette méconnaissance de la culture québécoise se retrouve aussi dans le choix des costumes. Un des personnages est vêtu en habit traditionnel amérindien (probablement copié de Tintin en Amérique). Ici, c’est l’image que les Français ont des Québécois qui est favorisée. Pourquoi prendre des stéréotypes si l’on veut favoriser la compréhension des enjeux contemporains au Québec?

C’est malheureux de constater que la mise en scène a éclipsé une bonne partie du propos incendiaire d’Olivier Choinière. Les rapports à la félicité, à la société du spectacle, à la détresse humaine sont effleurés ou mal travaillés dans l’adaptation de Frédéric Maragnani. En effet, la critique est diluée en grande partie à cause de certaines références à la culture populaire québécoise. Fais-je preuve de chauvinisme en étant heurtée par ces choix? Est-ce le public français qui ne prend toujours pas au sérieux certaines œuvres des autres francophonies ? Pourquoi ne pas avoir demandé à des acteurs québécois d’interpréter les personnages? Il est fort à parier que l’aspect burlesque aurait été largement effacé.

Si j’étais heureuse de voir qu’Olivier Choinière était joué à Paris, j’ai vite désenchanté lorsque j’ai constaté la manière dont il était abordé. Je souhaite que Félicité soit présentée sous un autre angle dans un avenir rapproché afin que la subtilité et la violence de la pièce soient mises en évidence.

Olivier Choinière et Paris, ce n’est que partie remise.

–          Sylvie-Anne Boutin

*Je vous invite à jeter un coup d’œil sur le site web du théâtre. http://www.letarmac.fr