Crédit photo: Yanick Macdonald

Après En attendant Gaudreault précédé de Ta yeule Kathleen, La Bataille présente maintenant et jusqu’au 23 mars, Les Morb(Y)des de Sébastien David au Théâtre de Quat’sous.

Stéphany et sa sœur partagent un appartement miteux. Miteux parce qu’il y a les maudits indiens qui sont venus mettre leur odeur d’épices partout, parce que les effluves que dégage l’usine Lallemand, qui est juste en face, s’accordent avec le sentiment du moment – le dégoût, si on s’y attarde– et aussi, parce que même si sa sœur, une obèse morbide qui ne se déplace que lorsque c’est indispensable, vaporisait en entier sa bouteille de Brise de fleuve, ça n’ajouterait pas un «certain cachet» à un sous-sol d’Hochelaga.

Elles sont sœurs, elles sont grosses, mais elles sont tout de même très différentes. Sa sœur est la hantise des germophobes; sur elle, des cultures de toutes sortes. Sa culture : celle de la télévision. Des télé-réalités aux mauvais feuilletons, tout ce qu’il y a à se mettre sous la dent pour éviter de penser. Quand ton corps et ton canapé font fusion et que tu penses que c’est normal, que : «c’est de l’usure c’t’affaire!», c’est un bon indice que tu n’as pas été confronté au regard d’autrui depuis un bon moment. Sa sœur se terre, s’enterre vivante sous les calories. Stéphany, elle, veut attirer les regards, vivre des sensations fortes. Elle se promène le soir, seule dans des ruelles, en espérant être la proie du tueur en série sur lequel elle et sa bande de freaks virtuels investiguent depuis un moment.

Les deux sœurs provoquent un lot de sentiments conflictuels. Le spectateur est constamment partagé entre empathie et répulsion, compréhension et répréhension. Malheureusement, elles rappellent à chacun une ou plusieurs personnes. Dans mon cas, des voisines que j’avais dans le temps. L’envie de passer une petite balayeuse sur sa sœur ou de lui confisquer son 2 litres de Coca Cola; l’espoir que Stéphany va réussir à se sortir de là, même si ce n’est pas nécessairement évident… Des arrières pensées qui persistent tout au long de la pièce.

Dans ce lieu sordide, l’étrange vient se greffer au malaise. Les Morb(Y)des, présente l’endroit où tu ne veux pas te rendre, le versant de l’histoire qui est devant l’écran de télévision. Un versant, qu’on montre moins souvent, mais qui existe quand même. C’est juste qu’il n’a pas la force de monter les escaliers et émerger du sous-sol. Sébastien David l’a donc déterré pour vous présenter cette pièce qui dérange autant qu’elle intrigue.

– Vickie Lemelin-Goulet