Si seulement les vagins pouvaient parler, s’ils pouvaient nous dire ce qu’ils voudraient porter, une robe, une perruque, que répondraient-ils ? Quels mots s’échapperaient entre les grandes lèvres de ce sexe qu’on veut d’ailleurs souvent faire taire ? C’est ce que Les Monologues du vagin, écrits par la dramaturge américaine Eve Ensler, traduits en 46 langues, présentés dans plus de 130 pays, de retour présentement à Montréal au Théâtre Outremont jusqu’au 30 mai prochain, tentent d’explorer. D’abord en abordant les complexités reliées à ce qu’on appelle de manière peu glorieuse la « moule », le « trou », la « minoune », le « bonbon », la « chatounette » – autant de surnoms pour éviter la confrontation avec une étymologie jugée inquiétante. Ensuite en créant une « communauté de vagins » où des « femmes vieilles, jeunes, mariées, célibataires, lesbiennes, des professeurs, des actrices, des femmes d’affaires, des prostituées, des noires, hispaniques, asiatiques, indiennes, blanches, juives » sont interviewées afin d’en finir avec les tabous qui pèsent sur l’imaginaire de la sexualité au féminin et qui perpétuent une forme d’ignorance, parfois de honte, chez celle qui revêt le plus intime des coquillages.

Les voix de Marilyn Bastien, de Carole Chatel, d’Anne Maude Fleury se côtoient pour montrer les différents aspects de ce texte féministe qui recèle une féminité à la fois pénible et profondément plaisante, un humour à la fois ironique et franchement surprenant. Les femmes entretiennent chacune un rapport différent avec leur corps; le vagin ne peut ainsi faire autrement que d’avoir plus d’un monologue à communiquer. Il est celui que l’homme force à raser, malgré les boursouflures, parce qu’il n’aime pas particulièrement les poils. Il est celui qu’on doit découvrir à l’aide d’un miroir lors de « l’atelier du vagin », qu’on regarde comme « un astronaute » en subissant un « éblouissement vaginal ». Il est un lot considérable de méconnaissances qui nous amènent à penser qu’on a perdu notre clitoris, que les orgasmes relèvent des films hollywoodiens. Il est une « cave humide avec des fuites », avec des odeurs de « lait suri », qu’on voudrait « fermer pour de bon », regarder les « poissons et les petits bateaux » couler, installer une pancarte écrit : « fermé pour cause d’inondation ».

Il est parfois en colère, en a marre qu’on ne puisse pas « chauffer le christie de bec de canard » lors des examens gynécologiques, qu’on ne puisse pas porter « des culottes en coton avec des chatouilleurs » à l’intérieur. Inévitablement, il est également violenté avec ses millions de clitoris sectionnés dans les pays africains, un vagin aussi « village vivant » qui subit les viols de guerre et en vient à penser qu’il est un « endroit maudit », « un minou de malheur ». Source de plaisir, source de torture, la production Théâtre du lys bleu rend bien compte des nombreuses facettes de cet organe féminin. Un mot gorgé de mépris qui est ici crié haut et fort justement parce qu’on n’a pas le droit de le dire.

Vanessa Courville

Les Monologues du vagin est présenté au Théâtre Outremont jusqu’au 30 mai prochain. Pour toutes les informations, c’est ici.

Textes : Eve Ensler | Traduction : Louise Marleau | Production : Théâtre du lys bleu | Mise en scène : Martin Desgagné | Assistance à la mise en scène : Marilou Huberdeau | Musique : Tim Brady | Interprètes : Marilyn Bastien, Carole Chatel et Anne Maude Fleury