Photo : Kendrick Lamar

Suite et fin…

5. Si tu reviens – Louis-Jean Cormier

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Le chevalier de Sept-Îles voulait faire un album de rock psychédélique. L’élu de la Côte-Nord a plutôt réalisé un album de folk orchestral sauce Sufjan, tapissé mur à mur de banjo lent et autres instruments véhicules de choses délicates et touchantes. On est a fleur de peau sur Les grandes artères, appâtés par des invitations au voyage et estomaqués par des amours qui fanent et se font la malle à l’Angelus. Et on exhorte, plein d’expectative, l’autre à venir découvrir sa version 2.0 : un robot à tête de vinyle et coeur chaleureux, aux yeux rieurs et mains consolantes. On expose tout ça si elle revient, nous renseigne le sex-symbol de Laval. Poussée en finale par la chorale de l’école Joseph-François-Perreault et les cuivres arrangés par Jean-Nicolas Trottier, l’élue de l’élu est nul doute revenue. Nous, en tout cas, on y retourne. (Nicolas Roy)

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4. Fourth Of July – Sufjan Stevens

Sufjan Stevens performed Saturday at the 2015 Newport Folk Festival.

Avez-vous eu une bonne année en santé et remplie de succès en affaires, dans vos études et en amour? Ou est-ce que le malheur s’est acharné sur vous de toutes les façons imaginables, y compris en vous incombant de la douloureuse expérience qu’est la perte d’un être cher? Je vous le demande car, si vous êtes présentement endeuillés, je vous recommande de ne pas écouter Fourth of July de Sufjan Stevens et de ne pas aller en lire les paroles car elles sont d’une rare tristesse.

La mère de Stevens est décédée en décembre 2012 d’un cancer de l’estomac. Celle-ci ayant désertée sa famille alors que le petit Sufjan n’avait qu’un an, il l’a peu connue. Son dernier album, Carrie & Lowell, adresse les multiples facettes de ce deuil : la douceur des trop rares moments heureux et les occasions ratées d’en vivre davantage, les failles de la mémoire et les souvenirs disparus, ainsi que l’improbable paix d’esprit face à un manque qui ne sera jamais rempli.

Fourth of July est un dialogue entre Carrie et son fils, celui-ci étant à son chevet pour ses derniers moments. La musique est intimiste et la poésie, d’une tendresse difficile, alors que la mourante cherche à la fois à consoler et à se faire pardonner. Et les émotions atteignent leur paroxysme alors que les « We’re all gonna die » résonnent, non pas comme un désabusement défaitiste, mais plutôt comme une invitation à accepter l’inévitable caractère éphémère de la vie. (Guillaume Francoeur)

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3. Let It Happen – Tame Impala

Tame Impala's new album, Currents, comes out July 1

Bien le boujour le virage! Après InnerSpeaker et Lonerism, deux bien venus albums de rock tie-dye «revivalistes» sassés au flanger et chantés à la manière d’un Beatle, Kevin Parker – seul membre de Tame Impala aux commandes en studio – tire un p’tit trait sur une formule gagnante et se lance plus solo que jamais (sans le réalisateur Dave Fridmann) dans une nouvelle aventure-mouture. Currents remercie en grande partie les guitares barrissantes, et souhaite cordiale bienvenue aux claviers divers, comme en fait foi l’entrée en matière dont il est ici question. Let It Happen, en circonvolutions irrégulières autour de quelques accords sur toute sa longueur, juxtapose disco et psychédélisme, transe et pop, synthétiseurs des années 1980 et batterie des années 1970. Un morceau ambitieux et sinueux, pour un dude désormais moins géniteurs de riffs accrocheurs que producteur scrupuleux de musique électronique. En v’là une qu’on n’a pas vu venir! (Nicolas Roy)

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2. Paradis City – Jean Leloup

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Il est loin d’être méconnu. « Alors pourquoi se retrouve-t-il en deuxième position de votre palmarès ? », me demanderez-vous sûrement le jour où vous me croiserez dans la rue ? Depuis la sortie, sous les étoiles, du très attendu À Paradis City, Leloup n’a nul besoin de notre aide pour vendre des galettes plastiques et virtuelles, remplir les salles de spectacle et gagner des statuettes dorées. Il n’a nul besoin de notre aide, mais nous, on ressent un cruel besoin de vous dire qu’on est heureux. Heureux qu’il soit encore là, après être mort et ressuscité et re-mort et re-ressuscité. Le Jean. Celui qu’on connaît depuis toujours. En chair, en os et en folie. Avec son énergie, ses textes, sa prestance, son naturel désarmant. Et cette chanson : Paradis City, pour n’en nommer qu’une. Qui cry baby jusque dans notre tête depuis sa parution. Le roi ne se meurt pas du tout. Pas encore. Profitons-en. (Marie-Eve Brassard)

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1. King Kunta – Kendrick Lamar

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L’année musicale 2015 appartient à Kendrick Lamar. Avec To Pimp A Butterfly, le grand monarque du royaume de Compton et nouveau roi-prophète du rap de la côte ouest s’empare du trône et prétend au statut de plus grand artiste hip-hop de sa génération. L’album, déjà référence parmi les références, est d’une richesse hallucinante : une musique d’une délicieuse complexité et d’un raffinement inouï, des textes d’exception, une voix caméléon, un flow olympique et bien davantage. Et parmi cette collection de pierre précieuses, King Kunta, une pièce incontournable, le « rapala » du chef d’œuvre. Son titre renvoie à Kunta Kinte, personnage d’une minisérie des années 1970, esclave dont les maîtres ont coupé un pied pour l’empêcher de fuir, symbole de l’émancipation et de l’élévation pour un Kendrick enfant. Sa rythmique s’inspire, légalement et sous forme d’hommage, de celle de la pièce Get Nekkid du rappeur Mausberg, tombé à 21 ans, victime d’un règlement de compte. Son propos est celui qu’un Lamar plus grand que nature, fort de sa plume, prêt à courir au devant des dangers de la célébrité et à assumer sa responsabilité de révérend auprès d’un bassin de plus en plus grand de jeunes admirateurs qui le prennent pour modèle. Bref, un génie qui s’assume et qui a, à lui seul, transformé une année mièvre en point de repère. (Nicolas Roy)