Crédit: Véronique Parenteau

sortir ses cigarettes / sans savoir pourquoi / c’est un peu un réflexe / un peu une habitude / se lever déjeuner s’habiller / faire les choses / naturellement / sans se demander / tous les matins / pourquoi les matins sont faits de la même matière

 

En arrivant au Théâtre Mainline mercredi soir pour la première de la pièce Les Méfaits du tabac de Marie Lamachine présentée par les Productions du Bureau des Plaintes, j’étais sceptique. En tant que fumeuse (qui allait ironiquement arrêter le lendemain), j’en avais soupé des commentaires bienveillants, des regards en coin et des sermons de purs inconnus qui avaient décidés de m’aider à comprendre les méfaits de la cigarette. Justement. Je n’avais donc aucun besoin d’un énième discours mielleux sur le sujet. Et c’est bien à une conférence contre le tabagisme que je me suis retrouvée. Je me suis assise, résignée. Pour finalement réaliser que j’étais totalement dans le champ.

Sur la scène, une femme. Une « scientifique », jouée par la brillante Mélanie Mussini, qui vient présenter à l’assistance les résultats de ses études sur la cigarette. Définitivement, fumer c’est mauvais, très mauvais. « Attendez, j’ai des graphiques… Des chiffres… » explique-t-elle à l’assistance. Et elle se perd, se reprend, se perd à nouveau. Elle change de ton, de registre. Les spectateurs, attentifs, regardent cette femme dévoiler des parcelles de sa vie, des souvenirs enfouis, des moments. C’est un fouillis d’idées et de phrases. J’essaie de comprendre, de suivre. Mais c’est impossible et à un moment, l’envie me prends de laisser aller la pièce et d’essayer de saisir le personnage plutôt que l’histoire, qui passe du coq à l’âne sans arrêt.

Cet espèce de fourre-tout qui se veut une représentation de multiples aspects de la vie et de la personnalité de la conférencière pourrait être une faiblesse d’écriture, une difficulté à resserrer le propos. Mais non, c’est voulu et c’est bien rendu. C’est plutôt une richesse. Les Méfaits du tabac, c’est accepter de ne pas comprendre, ou presque. C’est laisser place au ressenti plutôt qu’au raisonnement, alors qu’on s’attend à une toute autre expérience. Une pièce à déguster comme une longue bouffée de cigarette : sans trop comprendre pourquoi.

– Mélissa Pelletier

 

Du 16 au 20 et du 24 au 26 mai 20h au Théâtre Mainline, 3997 Saint-Laurent

 

Texte : Marie Lamachine

Mise en scène : Édith Tardif-Paulin

Assistance, dramaturgie et régie : Sara Dion

Interprétation : Mélanie Mussini

Direction de production : Marie-Eve Perron

Scénographie : Véronique Poirier et Christine Plouffe

Éclairages Gabrielle Dumont-Dufresne

matériel visuel : Robin Villeneuve, Simon Gauthier Boudreau et Francis Frappier

 

www.bureaudesplaintes.com