La France vit sa pire année côté météo. Pendant que le taux de chômage atteint des niveaux inégalés, le niveau d’ensoleillement hebdomadaire, quant à lui, est franchement loin des moyennes de saison. J’envie officiellement mes amis montréalais qui ont le luxe de se balader en vêtements estivaux. Le mauvais temps qui s’étale sur des mois maintenant ronge l’humeur des Parisiens (déjà maussades). Bref, on galère tous un peu ici.

C’est donc par un jour de pluie, évidemment, que je suis allée voir le nouveau film de Asghar Farhadi, réalisateur iranien qui a notamment remporté l’Oscar du meilleur film de langue étrangère en 2012 pour l’excellente Une Séparation. Dans la même veine qu’Une Séparation, Le Passé joue sur les tensions humaines, les huis clos, les non-dits et les ruptures. Si Une Séparation s’inscrivait dans un contexte social et politique particulier et réfléchissait sur la filiation, la séparation, entre autres, Le Passé se penche davantage sur la notion de culpabilité. Le film met en scène l’histoire d’Ahmad qui revient à Paris finaliser le divorce avec son épouse Marie qui souhaite cette rupture officielle. Marie demande à Ahmad de discuter avec sa fille Lucie, car cette dernière fuit la maison et semble en proie d’une rage et d’une forte tristesse.

À l’instar d’Une Séparation, les lieux, dans Le Passé, tiennent une place très importante dans le film; ils catalysent les tensions, exacerbent les solitudes et la violence découlant des non-dits. Les personnages se retranchent dans leur zone, ils envahissent l’espace de l’autre, ils se définissent par rapport à leur lieu d’appartenance. La maison de Marie, la laverie de Samir et le restaurant de l’ami d’Ahmad apparaissent tour à tour comme des repères ou des espaces conflictuels. Visuellement forte, cette recherche esthétique insuffle au récit un climat oppressant; les thématiques de la séparation et de la culpabilité sont ainsi traitées de manière plus violente. Les personnages souvent isolés par un cadre semblent incapables de se libérer complètement du joug de la tristesse, du destin et du non-dit; ils sont prisonniers, confinés dans leur propre conscience.

Une fois encore, le récit dépasse le synopsis initial. Le film se complexifie après les vingt premières minutes. C’est là aussi que Le Passé réussit le pari de présenter une réflexion articulée sur la culpabilité et les méandres autour du thème du suicide. Chaque personnage se révèle complexe, vivant à sa manière le poids de ses gestes. Le Passé joue sur les tensions psychologiques comme le jouait Une séparation sur les tensions sociales et filiales. L’exercice est réussi et l’impact que cette incursion a sur le spectateur est sensiblement le même que sur le très poignant film précédent. Je suis sortie assez ébranlée du cinéma. Le film laisse moins de questions en suspens qu’Une Séparation, mais le choc est tout de même présent.

Je vous annonce que je ne publierai pas de chronique durant le mois de juin. Je serai partie à l’étranger, visiter les Balkans. À mon retour, je présenterai deux chroniques sur mes différents coups de cœur de voyage, un survol de mes découvertes avant la fin de mon voyage.

– Sylvie-Anne Boutin