Après s’être éloignés pour s’occuper de leurs projets respectifs, les six éléments d’Alaclair Ensemble sont enfin réunis autour d’un quatrième album officiel, qui dégage la même chimie explosive que l’on connaît du groupe, mais avec une formule quelque peu différente. Loin de décevoir, cette nouvelle matière musicale produite par Alaclair est plus unifiée que celle des albums précédents.

Nostalgie hip-hop

Après qu’Ogden et Maybe Watson aient fait « bouncer » le Québec tout l’été avec Rednext Level, que Claude Bégin ait exploré la planète pop en solo et qu’Eman et Vlopper aient collectionné les prix pour leur album duo, c’est un retour aux sources qui s’annonçait pour les membres de cette formation tentaculaire.

Avec «Les Frères Cueilleurs», Alaclair délaisse le versatile post-rigodon de son dernier album paru en 2014, « Tout est impossible », pour une trame musicale plus homogène concentrée autour du bon vieux hip-hop « old school ». À travers cette nostalgie musicale, on retrouve le bpm originel des premiers amours de la troupe. Du R’n’B au gansta rap des années 90 et 2000, l’album bouge un peu moins que les deux précédents. Ceux qui ont grandi dans l’univers musical de ces décennies seront agréablement surpris de retrouver des petits rappels au célèbre album « 2001 » de Dr. Dre à l’écoute de l’accrocheuse pièce « Les Infameux ».

Source : Page Facebook d'Alaclair Ensemble

Source : Page Facebook d’Alaclair Ensemble

Énergie créatrice et humour bas-canadien

Créé dans l’urgence, en sept jours et sept nuits seulement, on retrouve sur cet album le génie d’improvisation dont est capable la « gang de minces ». Un pari risqué ? Certainement pas pour Alaclair ! Le désordre et la désorganisation est loin de faire peur aux membres de la formation. Bien au contraire, ils puisent dans ces moments de chaos pour repartir la machine créatrice. «Ce n’est pas stressant pour nous parce qu’on fonctionne toujours comme ça. Quand on se retrouve les six, il y a une énergie qui se passe. Et cette énergie créatrice-là fonctionne à 100%», confiait Eman lors d’une entrevue avec La Presse.

L’esprit d’improvisation est au cœur de leur humour truffé à souhait de leur jargon bas-canadien. Des paroles toujours aussi absurdes et satiriques, le tout nappé de « jokes » crues et bien grasses, aussi inattendues qu’une claque derrière la tête. Entrecoupé de monologues où la voix de personnages loufoques résonne le temps d’une intermède, « Les Frères Cueilleurs » est un délire organisé dans lequel il est difficile de ne pas tomber. Du premier titre, « Coucou les coucous », qui nous rappelle les sketchs de « N’ajustez pas votre sécheuse » avec Guy Jodoin et Bruno Blanchet, jusqu’à « Sauce Pois », un hymne au restaurant haïtien montréalais BBC, les thématiques exploitées par Alaclair n’ont décidément pas de limites.

Fini le gratuit!

Après avoir longtemps tenu mordicus à distribuer gratuitement sa musique sur Bandcamp avec ses trois derniers albums, Alaclair s’est résolu à s’allier à Disques 7e Ciel, une maison spécialisée dans la musique hip-hop. « Comme un couple, on a passé la pure excitation du début, et fallait faire des ajustements pour être heureux. On a donc mis à jour l’infrastructure bas-canadienne », explique Ogden au journal Voir. Quoi qu’il en soit, « Les Frères Cueilleurs » vaut son pesant d’or! Alaclair Ensemble sera en spectacle au Club Soda pour le lancement de son nouvel album le vendredi 16 septembre prochain.

Roxane Chouinard