Shawn Jobin / Photo : Kenton Doupe

Les 21es Francouvertes promettaient beaucoup, et ont bel et bien livré la marchandise au déclenchement des festivités (je voulais dire hostilités, mais ce n’était franchement pas représentatif de l’ambiance fraternelle sur place) le lundi 20 février. On y a découvert trois jeunes talents qui ont brisé la glace avec brio au Lion d’Or. Survolons les faits saillants de la soirée.Les 2

Mélanie Venditti

C’est certainement un stress immense qui accablait l’auteure-compositrice-interprète Mélanie Venditti au début de la soirée, elle qui était la toute première à être analysée et jugée par un Lion d’Or presque plein. On a vu sur scène une jeune artiste talentueuse, mais visiblement encore très timide, qui a su s’entourer de musiciens solides. Ceux-ci avaient justement l’air plus assurés qu’elle sur scène, alors qu’elle semblait souvent intimidée.

Plus connue comme altiste pour des noms comme Klô Pelgag, Philippe Brach ou Mathieu Bérubé, c’était un beau et grand défi de se présenter, guitare à la main, pour présenter SA musique, une musique qui se situe quelque part entre le rock progressif et la pop orchestrale, le tout avec une voix à s’y méprendre avec celle de Klô Pelgag. Au moment du spectacle, elle n’avait que quelques extraits à nous mettre sous la dent. Plus maintenant, parce qu’elle a annoncé que dès le 21 février, son EP sans titre sortirait. Il est d’ailleurs disponible gratuitement sur Bandcamp… du moins pour le moment!

La pochette du EP / Photo : Marie-Pier Meilleur

Mélanie Venditti a un bel avenir devant elle, mais le concours est peut-être arrivé un an trop tôt pour elle : son manque d’assurance et de présence sur scène se pardonneront difficilement dans le cadre d’un concours comme Les Francouvertes. Heureusement, cela n’enlève rien à son talent brut ni à sa capacité de surprendre encore dans le futur.

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Shawn Jobin

Un peu l’intrus de la programmation du 20 février, le rappeur Shawn Jobin est venu avec deux musiciens, son charisme et son envie de nous en mettre plein les oreilles. Le Fransaskois avait plusieurs bonnes chansons engagées, sans trop tomber dans le cliché. Moins irrévérencieux qu’un Koriass par exemple, il vise quand même juste dans ses textes et a étonnamment su captiver l’attention du public du Lion d’Or, que j’aurais imaginé plus réfractaire au hip-hop. Il faut dire que la musique était plus élaborée que les clichés qu’on s’en fait : Mario Lepage (de Ponteix, autre groupe de la Saskatchewan) était à la direction musicale, offrant des sonorités variées et franchement audacieuses par moments.

Photo : Versa Films

Les seuls bémols que j’arrive à formuler sont justement le fait que les arrangements étaient tellement impressionnants que l’on en perdrait parfois l’essentiel : la voix de Jobin. Aussi, un troisième musicien se trouvait sur scène, le batteur Kyle Grimsrud-Manz (de Ponteix aussi) et je me demande jusqu’à quel point c’était planifié d’avance. C’est que la musique contenait déjà une drum machine, alors cela venait un peu surcharger l’ensemble d’ajouter une vraie batterie par-dessus. Cela n’a visiblement pas empêché les gens d’apprécier le moment, et c’est tant mieux. Shawn Jobin a annoncé un album à paraître prochainement, qui risque d’être à suivre de près.

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Antoine Lachance

C’était mon favori de cette première soirée. Il faut dire qu’il est particulièrement accrocheur avec sa musique pop-rock bien ficelée et sa section de cuivres bien mise de l’avant sur album. La bonne nouvelle, c’est que tout y était au spectacle et qu’il était en grande forme pour un public qui lui rendait bien. Il faut dire que le Sorellois ne manquait pas d’expérience, pour avoir dirigé On a créé un monstre, qui a d’ailleurs goûté aux Francouvertes en 2009. C’est un Antoine Lachance chargé d’assurance qui a mis les pieds sur la scène, présentant les chansons de son album Cimetière d’avions, paru l’an dernier. J’ai quand même eu un petit stress lors de son interprétation de Regard hagard, première chanson du set : il a changé quelques bouts de mélodie, mais semble s’en être tenu à ce qu’il a enregistré le reste de sa performance.

Lachance est un naturel : il est parvenu à échanger un peu avec le public entre des chansons, chose que tous les artistes ne réussissent pas nécessairement à faire dans un contexte de vitrine comme celui-ci. Musicalement, il passait aisément de la guitare au clavier, et s’est même permis une chanson presque en solo, Une belle toune, peut-être pour prouver que ce n’est pas seulement le groupe derrière lui qui fait que sa musique est aussi solide : pari réussi!

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Une mention ne peut pas être passée sous silence : la première animation des Francouvertes par Mellissa Larivière (associée à Zone Homa). Celle qui reprenait le flambeau de Claude Grégoire n’avait pas une tâche facile. Elle a semblé aussi (en fait, peut-être plus) stressée que les artistes présents. Espérons qu’elle gagnera rapidement en assurance, comme on a senti que son animation manquait un peu de mordant lundi.

C’est peut-être un avis que peu partagent, mais je n’ai pas été si impressionné par la performance d’ouverture, de Miss Sassoeur et Les Sassys, dans le cadre de la série «J’aime mes ex». Je retiens cette sassiness marquante et divertissante et le concept audacieux du quatuor, simplement accompagné d’un clavier, mais 15 minutes était bien assez, dans mon cas.

Quant au palmarès, il n’est pas encore très complet pour des raisons évidentes, mais une surprise est digne de mention : Shawn Jobin trône actuellement à son sommet. C’est donc dire qu’il a su charmer le public et le jury, même sans un gros groupe derrière lui pour rendre sa performance plus épique. C’est inspirant pour la suite.

Lundi prochain, le 27 février, on entendra Maxime Auguste, Projet Coyote et Juste Robert. Le début de la soirée sera assurée par Tire le Coyote, qui a participé au concours en 2010.

Pour consulter la suite de la programmation, c’est ici.

– Olivier Dénommée

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Palmarès :
1 – Shawn Jobin
2 – Antoine Lachance
3 – Mélanie Venditti