Crédit photo: Rafaël Ouellet

Avant de tourner Camion, Rafaël Ouellet avait réalisé un autre film, Finissant(e)s, qui ne sort que maintenant. Renouant davantage avec le style de ses films pré-camionneur, le réalisateur présente ici une docu-fiction avec des acteurs non professionnels. Le récit suit un groupe de jeunes adolescents après leur bal de secondaire en Témiscouata qui décide de faire un documentaire sur les finissants de leur classe, parlant chacun leur tour de ses projets et ses espoirs pour l’avenir en ville. Les jeunes de 17 ans vont passer leurs derniers mois, l’été 2009, dans leur village avant d’aller tenter leur chance en ville et dans la vie d’adulte. Ce que le pseudo-documentaire semble nous montrer, ce sont les derniers moments de leur enfance et de leur innocence, qui se manifestent pourtant par des moments bénins de leur quotidien : faire du camping, animer une émission de radio, partager leurs réflexions devant un lac.

Il y a quelque chose de touchant à voir ces ados jouer pratiquement leurs propres rôles. Certaines scènes sont bien sûr scriptées, mais la plupart semblent improvisées. Je me suis d’ailleurs amusé à essayer de deviner lesquelles, sans grand succès : il en transparaît une honnêteté dure à percer. C’est drôle à dire, mais ce sont justement certaines tentatives d’ancrer le récit dans quelque chose de plus suivi, de plus profond qui sonne parfois faux, comme si la fiction essayait d’empiéter sur l’aspect documentaire. Ainsi, j’ai trouvé une scène de feu de camp est un peu inutile : les protagonistes cherchent dans la forêt une de leurs amis qui n’a pas donné de signe de vie depuis une heure. Ils la chercher pendant quelques minutes, puis jumpcut à une entrevue de skateurs. On ne saura jamais où était leur amie ni s’ils l’ont retrouvée.

Ainsi, quelques tentatives d’aller chercher le spectateur agacent. Dans les premières minutes de film, un de leur camarade meurt, puis sera enterré pendant une cérémonie de 2 minutes. Il n’en sera plus jamais question, comme si ce n’était que pour donner au film un aspect « drame poignant », et pour pouvoir le vendre comme un récit de deuil vécu par des enfants (c’est gagné, tous les synopsis du film que j’ai croisé parlent de deuil). La chute finale m’a dérangée pour les même raisons. Ce n’était pas nécessaire, l’histoire avait déjà un rythme et une profondeur beaucoup plus candide. Malgré quelques maladresses, il vaut la peine d’être vu, ne serait-ce que pour revivre ces instants d’été perdus.

– Boris Nonveiller

Les Finissant(e)s, à l’affiche au cinéma Excentris dès aujourd’hui