Passant de la plume légère de ses romans et albums destinés à la jeunesse, Martine Latulippe assume pleinement le côté sombre et saisissant de son tout premier recueil de nouvelles s’adressant au lectorat grand public. Les faits divers n’existent pas, ce charmant bouquin aussi beau à regarder qu’à lire (la sublime photographie* qui orne la première de couverture imprègne carrément l’esprit de l’œuvre) regroupe à lui seul la finisse et la cohérence de l’art de la construction d’une nouvelle littéraire.

Chaque nouvelle est un tout, parfaitement ficelé. À leurs tours, elles nous transportent dans un monde nouveau. Dans ce bouquin, les frontières n’existent pas entre les drames de la vie quotidienne et les simples attentes avortées. Nous suivons les personnages aveuglement jusqu’au bout de leurs mots, de leur histoire, voire de leur vie, en acquiesçant à leurs moindres désirs. De page en page, nous nous enfonçons avec eux le cœur battant de plus en plus vite, passant rapidement de la simple clarté à la plus sombre des noirceurs.

Exquis par moments, saisissant par d’autres, son fil conducteur alléchant nous mène sans peine d’un fait divers à l’autre, d’une histoire échappée qu’on aurait lue du coin de l’œil sans trop s’y attarder… Martine Latulippe, elle, s’y est attardée. Elle nous propose en douce une prise de conscience sur l’égalité, les sentiments ou la part de chance ou de hasard qui nous pend au bout du nez dans notre société qui roule à grande vitesse. Les détails futiles des uns changent pourtant la vie des autres, et ce, tous les jours.

Ironie, suicide à l’arme à feu, malaise, malheur, jalousie, cadavre, l’envie, curiosité maladive, cynisme. Parfois le sang rouge et frais est versé. Un vrai charme de fatalité à en avoir plein la tête, encore et encore.

 

Un petit mot sur l’auteure

Originaire de Québec, Martine Latulippe nous a offert en une quinzaine d’années plus de trente romans destinés à la jeunesse. D’ailleurs, six nouveaux titres paraîtront au fil de l’automne. Toutefois, cette auteure prolifique a fait ses premiers pas en littérature par la nouvelle. À notre grand bonheur pour la rentrée littéraire 2013, elle y revient avec Les faits divers n’existent pas, un recueil d’histoires sombres destiné au lectorat grand public. Notons que sur vingt et une nouvelles, dix-sept d’entre elles ont été publiées dans quelques revues littéraires dont Alibis et XYZ, entre 1996 et 2012. Elle est également lauréate de nombreux premiers prix décernés pour la nouvelle littéraire dont celui du CEULa 1996 et du Stop 1999.

-Emilie Fontaine

Les faits divers n’existent pas, Martine Latulippe, Éditions Druide, collection Écarts, 2013.

*Cette photographie est la 164e d’une série de 366 photos intitulée « 2012. Une photo par jour ». Par Julie Beauchemin, photographe.