Depuis 1998, Pierre Guimond s’évertue à photographier les États-Unis. Tenter de capturer le plus grand nombre d’idées reçues, une fascination. Avec 18 000 photographies en main, il se lance dans un photo-montage où il déconstruira le mythe pour mieux le reconstruire et cela donne Les États Inventés d’Amérique.

Le rêve américain. Un idéal, une volonté miroitée jusqu’à l’aveuglement. Une image construite de toute pièce pour conforter une «élite» et susciter l’envie de la masse. Dans son documentaire, Pierre Guimond vous montre la transformation qu’il opère. D’un cliché états-uniens, il conservera un item, le superposera à un autre et ainsi de suite jusqu’à l’aliénation la plus totale. Ou est-ce plutôt l’inverse?

Les images résultant de la manipulation du cinéaste  offre un «ensemble improbable de lieux et d’objets» qui semblent surgir tout droit d’un univers dystopique qui prend des allures des toiles de Dali ou de Magritte pour ne nommer qu’eux.

Insolites et surréalistes les images sont commentées par le cinéaste qui livre ses intentions et réflexions sur le mode de vie de nos voisins et sur l’influence qu’ils ont sur le reste du monde. Mais s’il vient ponctuer le documentaire d’affirmations fracassantes du type : «les centres d’achats ont remplacé les cathédrales», son ton monocorde le fait parfois tomber dans cette «monotonie préfabriquée» qu’il déplore chez son sujet.

Le rythme très lent et fixe du documentaire, permet de contempler chaque image et de peser sur les mots du narrateur de sorte que son message passe très bien. Le revers de la médaille est que ce qui nous impressionnait au départ semble perdre de son «wow» en cours de route. À la manière de la société de consommation que le cinéaste déplore, le spectateur est avide de sensationnalisme et de nouveauté. Il ne faut pas tout lui donner d’un coup, il en voudra toujours davantage.

Une découverte qui demeure intéressante et que je verrais tout à fait devenir une exposition.

Les États Inventés d’Amérique prend l’affiche le 16 mai au Cinéma du Parc.

Vickie Lemelin-Goulet