Crédit photo: Frédéric Veilleux

Ce n’est pas tous les jours qu’on se fait offrir un shooter gratuit si on accepte de se dénuder en plein théâtre. Ni tous les jours qu’on peut admirer une femme enceinte jusqu’au cou faire une danse suspendue, avec multiples pirouettes casse-cou. Ni tous les jours qu’on peut voir des interprètes se masturber sur une scène ou encore faire du pole dancing ailleurs que dans un bar érotique. Mais tout cela est arrivé au Théâtre La Chapelle, et ce, quatre soirs d’affilée, soit du 19 au 22 février, dans le cadre du spectacle multidisciplinaire Les Érotisseries.

Les « sextateurs » et « sextatrices », pour reprendre les termes utilisés par le présentateur, ont été invités à sortir de leur zone de confort par Les Productions Carmagnole. Tout d’abord, ils ont dû répondre à la question existentielle « Êtes-vous mouillés ou secs? » avant de pénétrer dans le « tunnel de l’amour », c’est-à-dire un passage couvert de gants chirurgicaux gonflés. Ceux qui ont choisi « sec » devaient s’installer sur les sièges (l’espace désigné pour les « voyeurs »), tandis que les autres devaient prendre place sur les chaises entourant la scène, c’est-à-dire l’espace pour les « exhibitionnistes » (appelés à participer à certaines scènes). Une formule pour le moins originale, jumelée à une réflexion sur des thèmes délicats tels que l’érotisme, l’identité sexuée, le travail du sexe, la pédophilie, l’agression et la polysexualité.

Faux pas éthiques

Si l’équipe de création derrière Les Érotisseries se targuait « d’aborder les tabous pour mieux s’en débarrasser », elle n’a malheureusement pas tenu ses promesses sur toute la ligne. Une belle diversité corporelle est certes présentée, et certains sujets controversés (dont le travail du sexe) sont traités avec beaucoup de respect. Cela dit, l’œuvre reproduit des stéréotypes qu’elle a la prétention de déboulonner. Tous les clichés véhiculés sur la culture asiatique sont servis pendant le spectacle, ce qui est non seulement ennuyant sur le plan artistique mais fâcheux d’un point de vue éthique.

De même, un numéro abordant l’érotisme pédophilique amène un certain malaise. Un homme déclare que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est de « manger les petites filles » alors que deux interprètes déguisées en fillettes grimpent sur lui, toutes contentes. Mais la pédophilie fait-elle vraiment partie des tabous à déconstruire? Sans doute devrait-elle plutôt être représentée comme ce qu’elle est : un acte criminel.

Enfin, même s’il y a un réel effort pour défaire les genres (masculin/féminin) dans Les Érotisseries, trop souvent les femmes y occupent des rôles de soumission. D’ailleurs, la scène finale tue tout espoir d’une réelle déconstruction des tabous : trois personnages féminins, dont une geisha, forment une pyramide, et un homme blanc placé derrière fait semblant de sodomiser l’une d’elles tout en grimaçant. Sans en conclure que la création transmet un message raciste et misogyne (ce qui n’est pas du tout l’intention de Carmagnole), on peut dire que le manque de réflexion par rapport aux stéréotypes raciaux et sexués fait de l’ombre à la prestation époustouflante des interprètes.

– Edith Paré-Roy