Florent Siaud revient au Prospero pour présenter le texte d’Ivan Viripaev ayant connu un vif succès en 2017, Les enivrés. Pour ceux qui avaient raté la production à l’époque, on nous y expose les envolées imbibées de différents personnages en quête de sens et habités d’un foudroyant désir de transcender leur existence.

Une douzaine de personnages se croiseront au fil de cuites diverses : un enterrement de vie de garçon, un mariage, un souper entre amis… La pièce consiste surtout à enfiler les discussions philosophiques sur la spiritualité, l’amour, la mortalité, le sens de l’existence. Chacun d’eux aspirent, dichotomiquement, à se dissocier du corps pour nourrir l’esprit et toucher au sublime à travers l’épais brouillard de l’alcool. La mise en scène repose surtout sur la direction d’acteurs. La distribution impeccable – dont David Boutin, Danny Boudreault, Paul Ahmarani, Marie-France Lambert, Maxime Denommée, Dominique Quesnel et Evelyne Rompré -, fait ressortir le ludisme et la profondeur du texte.

Malheureusement, ce n’est pas suffisant pour faire oublier la légère misogynie se dessinant au fil des répliques, dont Siaud ne cherche pas à diminuer la portée. Peut-être est-ce dû à la structure du texte ou est-ce parce que la mise en scène ne se déploie jamais au-delà de la proposition initiale, mais l’ensemble pourrait en saouler certains. Les personnages sont abandonnés dans l’espace, à la manière d’âmes perdues dans les limbes et si, l’idée est percutante, elle ne suffit pas à meubler les quatre-vingt-dix minutes du spectacle.

Si Siaud sait jouer de l’arrière-plan pour installer un contrepoint loufoque aux discours des uns et des autres, cette idée finira par sombrer dans la redite à l’instar du texte de Viripaev. Il y aurait pourtant eu plusieurs occasions de faire dans la poésie, ce que le metteur en scène effleure un peu avec la scénographie de Romain Fabre et les projections vidéos de David B. Ricard, mais auxquelles il ne donne pas l’espace requis pour qu’elles deviennent autre chose que décoratives.

Il reste que Les enivrés propose un spectacle sombrement festif et intelligent qui sait se jouer du drame humain pendant un instant.

Rose Normandin

Les enivrés, jusqu’au 28 septembre au Théâtre Prospero. Pour toutes les informations, c’est ici.

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