Lancement de Métaphore le 10 mars à Sherbrooke

Critiquer férocement un groupe émergent s’avère plus difficile que prévu. Les Elfes de la vapeur se produisent depuis un an seulement; ils sont motivés, sympathiques et jeunes (« 131 ans en temps elfique », m’a assuré Maryse Marquis, alias Melagwën.) Je me sens aussi mal qu’une mère qui accueillerait froidement les gribouillis de son enfant et refuserait de les mettre sur le frigo. Cependant, comme je déteste la critique complaisante (dont on ne manque pas dans la presse québécoise, en particulier lorsqu’il est question d’artistes de la relève), je m’efforcerai d’être honnête.

Le ridicule ne tue pas. La preuve vivante : deux personnes déguisées en elfes (oreilles pointues, cheveux presque aux genoux, vêtements gothiques) se tiennent sur une scène au Saloon, bar crade de Sherbrooke. Devant elles, une table présentant leur dernier album et… Vithrilium, un jeu de société. Maryse Marquis et David Boucher ne font pas les choses à moitié : ils veulent créer un « concept artistique total ». Un brin mégalomane, le couple souhaite étendre son univers fantastique au jeu de société, à la littérature, au cinéma, à la télévision, à la joaillerie, au design, à la mode. Et quoi encore?

Dans la foule, on remarque des trippeux de Donjon Dragon, des gothiques, des habitués du bar, des têtes blanches (sans doute des matantes et mononcles), quelques hipsters à la recherche d’ironie… et l’équipe d’Infoman, qui ne peut pas laisser passer cette belle occasion de se moquer. « Je suis un vrai fan », affirme MC Gilles, pince-sans-rire. Yeah, right…

Ne pas en croire ses oreilles

Quelle n’est pas ma déception en apprenant que le « spectacle » annoncé signifie plutôt la diffusion de leur dernier album en boucle! « Pour un nouveau groupe, il est important de trouver des moyens différents de se faire connaître. Il faut se réinventer sans cesse », se justifie David, alias Dâefaël. À en voir la mine déconfite des spectateurs, je crois qu’il s’agit plutôt d’un fail. L’éclairage funky et la surenchère de vapeur se chargent de nous faire oublier que nous sommes là à écouter un enregistrement. Viens / Viens avec moi / On va partir / On va quitter / Tout ce que l’on veut fuir, entend-on.

Partir, c’est bien ce que je ferais si je n’avais pas prévu une interview avec le duo. En attendant, je bois une Pabst en endurant la voix fausse, les arrangements cheaps et les paroles convenues de la musique définie pompeusement par le band comme « ballade fusion minimaliste à saveur steam punk ».

Sur une note positive, les personnes assises à la table de jeu semblent bien s’amuser. Peut-être que les Elfes de la vapeur devraient investir cette voie plutôt que celle de la musique et de l’art? Il reste qu’avec un jeu qui consiste à protéger sa forteresse et détruire celle de l’autre joueur, je vais passer mon tour…

Défoncer portes… et tympans

Le moment tant attendu arrive enfin. Malgré l’absurdité de la situation, j’arrive à regarder David dans le blanc des yeux en lui demandant : « Êtes-vous satisfaits du chemin parcouru durant la dernière année? » Il m’explique alors, tout fier, que leur entrevue à La vie en Estrie les a rendus célèbres. « Aucun groupe de la relève en a fait autant en un an. On joue dans plusieurs radios, même en Europe. » En effet, la vidéo a été vue plus de 50 000 fois sur YouTube après que des bloggeurs, dont Patrick Lagacé, partagent ce bijou de surréalisme. Cependant, si l’on se fie aux commentaires, les Elfes de la vapeur entraînent grincements de dents ou fous rires. Maryse en rajoute : « C’est moi qui gère seule le groupe, et je suis fière de ce que j’ai réussi à accomplir en si peu de temps. »  Je leur demande alors s’ils souhaitent rester indépendants ou s’ils espèrent une offre d’une compagnie de disques. « Je suis tellement bonne gérante qu’il faudrait vraiment une offre intéressante pour qu’on accepte », poursuit-elle.

Leur manque de modestie me frappe de plein fouet, mais je me ressaisis vite : « Est-il difficile de se produire en région? N’avez-vous pas la tentation de déménager à Montréal? » Montréalais, je suis désolée de vous apprendre que le groupe désire rester en sol estrien. Rassurez-vous cependant : ils ont bien l’intention d’organiser un « événement » dans le 514 bientôt.

Je prends mon courage à deux mains (et ma bière), puis je me lance sur le terrain glissant de la critique : « Comme jeunes artistes, comment faites-vous pour survivre aux mauvais commentaires et aux moqueries? » David affirme ne pas se laisser abattre pour si peu, tandis que sa douce moitié doit éviter de lire les mauvaises critiques si elle veut garder le moral. Les Elfes de la vapeur se sont d’ailleurs joints récemment à la Fondation Jasmin Roy, engagée contre l’intimidation. Cette alliance semble fort à propos : le groupe, même s’il est ridiculisé par plusieurs, reste confiant. D’autres groupes de la relève, plus talentueux, gagneraient à prendre leur exemple, du moins, sur ce point.

Voici d’ailleurs ce que Maryse suggère aux jeunes artistes : « Si une porte se ferme, il ne faut pas se décourager. Il faut frapper encore, jusqu’à ce qu’elle s’ouvre. » Mauvaises critiques ou pas, Maryse n’a donc pas chanté sa dernière fausse note. On peut s’émerveiller de sa persévérance et de sa confiance en elle-même malgré ses ressources limitées. Mais là s’arrêtent les compliments, et j’ai bien peur que je devrai ignorer sa demande d’amitié Facebook. Et ce, même si elle me le redemande encore et encore.

– Edith Paré-Roy

L’entrevue qui les a rendus «célèbres» !

Un extrait de Métaphore… Bonne chance!