Il y a des choses auxquelles je ne pense pas d’emblée dans la vie. Parmi tant d’autres, la possibilité de recevoir des menaces par rapport à une critique d’une collaboratrice. Il y a environ un an jour pour jour, dans le méga rush du lancement du webzine, j’ai reçu l’appel (un peu tremblotant) d’une pigiste qui venait bien sûr tout juste de se lancer dans l’aventure des Méconnus. «Mélissa, il s’est passé quelque chose…»

La collaboratrice (vous comprendrez pourquoi je tais son nom) avait écrit une critique assez right on sur un groupe qui faisait le buzz, pas nécessairement pour de bonnes raisons, dans les médias alternatifs. Fascinée par le phénomène de moquerie collective, la journaliste a tenu à assister au lancement de l’album de la formation. Il fallait s’y attendre: l’évènement a été un véritable flop. (Je me contenterais de dire que le groupe n’a carrément pas performé, préférant faire jouer l’album en boucle.) Sans tomber dans la critique complaisante, la pigiste m’a rendu un texte d’une grande lucidité et d’une rare honnêteté. Tout ça, avec une touche d’humour selon moi bien placé.

Je n’ai donc pas trop compris l’appel de ma collaboratrice sur le coup. Dans la foulée, elle m’a expliqué que le groupe en question avait retrouvé sa mère (mais comment?!) et l’avait engueulée au téléphone par intérim pendant plus d’une heure. Un tantinet dépassées par les événements (et hésitant à juste rire un bon coup devant le ridicule de cette action), nous avons analysé la critique en question en nous fiant à la lettre de plainte de la formation. Parce que oui, la journaliste aurait pu faire une erreur.

Entre les termes «propos injurieux», «désinformation» et «démolissage de réputation», nous avons réalisé à quel point le groupe n’y comprenait rien. Et c’est vraiment sans aucune peur que j’écris aujourd’hui ces lignes : une de mes pigistes se faisait menacer parce qu’elle énonçait tout simplement les points négatifs du lancement et les réponses du groupe à ses questions. Bref, une bonne vieille critique négative comme on en voit parfois. C’est dommage, mais ça arrive.

Comme chute à la plainte, on a eu droit à un ultimatum : la journaliste devait «ajuster» ou tout simplement retirer l’article du webzine. Avec à la clé, la fameuse menace de poursuite pour diffamation. Et bam! Pour un webzine aussi jeune, ça revient un peu à pincer le nez d’un bébé : c’est injuste et disons-le, dégueulasse. Comment aurions pu nous battre à ce moment, sans moyens et en pleine quête de crédibilité?

Carrément renversées par cette menace, nous avons réalisé l’absurdité de la situation : la formation, qui s’était d’ailleurs affiliée à ce moment à un organisme contre l’intimidation, avait retrouvé la mère de ma collaboratrice (pour la menacer), envoyé une lettre d’insultes à la journaliste (pour la menacer) et avait finalement lancé la bombe de éventualité d’une poursuite (pour nous menacer). Quelle niaiserie. Devant tant de mauvaise foi, nous avons gardé le silence…  en espérant que les talents de détectives des membres du groupe s’arrêtent à la pauvre mère de ma collaboratrice.

Après quelques semaines d’inquiétude et de fébrilité, nous avons compris que le groupe avait lâché le morceau (et les menaces par la même occasion). Alors, pourquoi j’en parle malgré ce «happy ending»? Pas pour relancer le conflit. Plutôt parce que je me rends compte que c’est facile de menacer les journalistes sans que rien ne transparaisse. Et que c’est inacceptable. Surtout, certains artistes ne comprennent pas que rien n’est personnel dans le monde de la critique : on parle de l’œuvre, pas de la personne. Fort heureusement, 99.9% des artistes et des relationnistes comprennent la nuance. Ouf!

-Mélissa Pelletier

À suivre la semaine prochaine!