Crédit: Urbi et Orbi

Comme le veut la tradition, le théâtre La Licorne ouvre grand ses portes aux Contes urbains pour une seizième année consécutive. Sous la direction du Théâtre Urbi et Orbi et en codiffusion avec le Théâtre de La Manufacture, cette nouvelle édition met en scène exclusivement des femmes. Bien que cinq textes sur huit soient signés par des hommes, la parole des femmes est à l’honneur dans cette mise en scène de Brigitte Poupart, présentée du 2 au 20 décembre.

Je l’admets, je n’ai jamais eu l’occasion d’assister aux éditions précédentes des Contes urbains. Je ne peux donc émettre de comparaison, sauf vous dire que les histoires étaient touchantes, même si le sujet était parfois redondant. Sans minimiser la gravité d’un cancer, trois auteurs ont abordé le thème de cette maladie, mais sous un angle différent : une mère de famille aliénée de shopping, incarnée par Martine Francke, raconte son cancer du sein, Michelle Blanc parle de la maladie qui a frappé sa mère et un personnage campé par Sandrine Bisson parle aussi du cancer. C’est légèrement lourd, surtout avec les histoires d’agressions sexuelles ou de schizophrénie.

Pourtant, à travers le drame, il y a matière à réflexion. Je pense à « Prédateur » de Christine Germain interprété par Léa Simard. Une série d’agressions sexuelles commises sur des femmes. Une vendeuse craintive. Un client insistant la criblant de questions intimes, arpentant les allées, effleurant du bout des doigts les vêtements, méthodique, la suit du regard. God! Je suis terrifiée par le suspense enlevant. Je ne sais pas si c’est la lecture de « Soudain le Minotaure » que j’entreprends présentement qui accentue ce sentiment de peur (on y suit un violeur en série), mais j’y vois également un lien avec le récent mouvement d’agressions non-dénoncées, les réactions suscitées par ce mouvement, et les textes d’auteurs masculins compatissants. Bref, ce texte m’apparaît d’actualité.

Pourtant, tout n’est pas sombre. Au contraire, la « Snob » de Stéphane Lafleur, incarnée par Brigitte Poupart, est cocasse. Toute en réserve, d’une voix douce, presque chevrotante, mais distinguée, le personnage parle de son quartier Hochelaga, de ses goûts fancy, de son duplex et d’une mésaventure qui la rend attachante malgré sa bourgeoisie.

Et que dire de mon coup de cœur? « Le Joyeux Noël de Sophie » de Stéphane Jacques interprété par Diane Lavallée. Du bonbon! Découvrez comment le personnage en arrive à suivre une « restructuration cognitive par l’investigation socratique ». What?! Profondément écoeurée de la ville, le personnage nous explique la cause de son déménagement à Laval. Tout simplement désopilant.

Enfin, je veux souligner la prestation de Dominique Quesnel et le texte sublime de Justin Laramée, « Tout ce qu’y donne se brise ». Une poésie à laquelle on tend l’oreille et une finale saisissante, poignante et inattendue. Petite parenthèse : des applaudissements dispersés ont retenti à la fin du monologue de Dominique Quesnel.

Si j’avais eu à clore ce spectacle, j’aurais laissé le mot de la fin à Michelle Blanc qui a bouclé son témoignage avec un message d’ouverture à la diversité. Si elle a râlé sur ses Noël d’enfance, sur ceux éloignés de sa famille en raison de conflits, en bout de ligne, c’est elle qui a livré l’essence même de Noël : l’accueil, le partage et l’amour. Merci Michelle Blanc. Merci Contes urbains d’allumer notre imaginaire.

Edith Malo

Les Contes urbains sont présentés au Théâtre La Licorne jusqu’au 20 décembre. Production du Théâtre Urbi et Orbi, en codiffusion avec le Théâtre de La Manufacture. Mise en contes: Brigitte Poupart. Pour plus de détails, c’est ici!