Crédit photo : Claudine Derouin

Elles sont cinq. L’artiste, la muse, la pucelle, la diva et l’icône. Vêtues de leurs corsets et jarretelles, leurs costumes rappellent le French cabaret des années 1800. Les concubines, ce sont cinq voix féminines, celles de Marie-Ève Charbonneau, Milaine Deroy, Noémie Longpré, Myriam Magri et Karelle Girard-Huneault. Leur but : parler de féminité en rendant hommage aux femmes qui nous ont précédés. « À toutes celles qui, au péril de leur vie, ont écrit et défié l’interdit. À toutes celles qui se sont levées pour dire JE ». C’est ce que la metteure en scène, Maya Gobeil, et la dramaturge Julie Gagné, ont voulu aborder dans la pièce Les Concubines qui sera présentée au Théâtre Outremont jusqu’au 9 mai.

S’inspirant du happening et de la distanciation brechtienne, Les Concubines présente divers tableaux où s’entremêlent chanson, théâtre, musique, danse, poésie sonore et performance. Par exemple, elles réinterprètent les classiques de la chanson québécoise, de Gilles Vigneault à Clémence Desrochers en passant par Patsy Gallant et Luc Plamondon. Si le registre québécois se concentre essentiellement sur les années 60 à aujourd’hui, il y a un magnifique hommage au chant « La grève des femmes » d’Eugène Pottier, datant de 1867. Les femmes se tiennent alors fièrement sur la ligne de front, prêtes à riposter. Leurs armes? Des mots tranchants et aiguisés.

Cette pièce est intéressante du point de vue de la mémoire collective. On se remémore (ou on découvre; c’est selon l’âge), des poèmes inspirants et importants. Comme « La Manikoutai » de Vigneault. Cette rivière imaginaire, symbole de la femme changeante. Tantôt fille. Tantôt femme. Tantôt amante et puis vieillesse.

Je crois que chaque femme peut se reconnaître dans le message véhiculé, peu importe le tempérament du personnage qui l’incarne. Qu’elle soit timide, charmeuse ou effrontée, ce sont les mots qui accrochent et mûrissent dans l’esprit du spectateur. Ces mots qui déculpabilisent. Je pense, notamment, au monologue de la femme « intense », incarnée par mon interprète coup de cœur, Noémie Longpré. Teinté d’humour, il décrit assez bien les fluctuations hormonales ou le caractère plutôt explosif de certaines femmes. « Être intense, c’est une job à temps plein. […] Je ne suis pas émotive, je suis hypersensible ». Justification et affirmation de soi s’entrecroisent intimement, mais le désir de vivre pleinement est palpable, contagieux et viscéral. Cette pièce est une expérience profondément libératrice, même en tant que spectatrice.

La pièce s’inscrit également dans notre époque, pointant du doigt un sujet plutôt universel, les réseaux sociaux. Le personnage de l’artiste se questionne sur son statement facebook au moment de sa mort. Ou encore sur son « hashtag testament en fin de vie». Le ton est grinçant; le propos teinté d’ironie.

En somme, je veux également souligner le numéro de la robe, emblème de la féminité. « Je suis silencieuse en pantalon, en veston ». Pourquoi ce numéro particulièrement? Parce qu’il demeurera toujours contemporain à mon avis. Parce qu’il évoque plus qu’une gêne à s’émanciper et à affirmer ses courbes. Il évoque également la perception de la femme face aux hommes, et vice versa. Il résonne dans différentes stratosphères. Bon, je philosophe beaucoup, mais si tel était le but, il est atteint. Les Concubines suscite un réel désir de s’émanciper à travers la prestation d’interprètes autant douées pour la comédie que le chant. Clore la pièce avec « Le temps est bon » de Stéphane Venne, chapeau! On sort du théâtre, souriant, fredonnant. Bien pensé!

Edith Malo

Les Concubines est présenté au Théâtre Outremont jusqu’au 9 mai 2015.

Les Productions Drôle de Monde | Mise en scène : Maya Gobeil | Assistance et dramaturgie : Julie Gagné | Interprètes : Marie-Eve Charbonneau, Milaine Deroy, Noémie Longpré, Myriam Magri et Karelle Girard-Huneault