Comment fait-on pour choisir les cinq meilleurs films ex æquo de l’année en fiction parmi toute la sélection de 2015? On demande à nos collaborateurs et nos collaboratrices cinéphiles les plus chevronnés qui ont couru les festivals de cinéma et les salles de projection (pour Les Méconnus, mais aussi pour leur plaisir personnel) tout au long de l’année.


LES DÉMONS
 de Philippe Lesage

Avec ses plans-séquences contemplant le quotidien effrayant et sublime d’un préadolescent, ses emprunts étranges mais tellement justes au cinéma de genre ainsi que le jeu très sincère de ses acteurs, Les Démons pose sur l’enfance un regard fort, original, et si loin de cette mièvrerie banale à laquelle les films cèdent souvent un peu trop facilement. Ses images fortes et déstabilisantes restent dans la mémoire bien longtemps après le visionnement.

Boris Nonveiller

La critique de Boris


FÉLIX ET MEIRA
 de Maxime Giroux

Félix, un Québécois d’une trentaine d’années, perdu dans la société et en manque de stimulations, rencontre Meira, une jeune mère de famille hassidique vivant dans la communauté juive du Mile-End. Mariée trop tôt, Meira n’a pas connu les palpitations des premiers émois adolescents. Sa rencontre avec Félix réveille en elle des émotions inconnues et remet en question son mode de vie. Cette histoire d’amour sensible entre une jeune juive hassidique et un Québécois de souche a touché le jury du Festival international du film de Toronto où Félix et Meira a été sacré meilleur film canadien.

C’est un film délicat, où l’on apprend à connaître une communauté avec qui nous partageons le même espace et qui reste pourtant très mystérieuse. Félix et Meira rassemble les hommes autour d’une valeur universelle : la force de l’amour.

Tiphaine Delahaye

La critique de Tiphaine


JOURNEY TO THE SHORE
 de Kiyoshi Kurosawa

Trois ans après sa mort par noyade, Yusuke réapparait et propose à sa femme, Mizuki, professeure de piano, un voyage à travers les villages et rizières. Le film de Kurosawa (aucun lien de parenté avec Akira) est délicat, élégant et touchant avec juste ce qu’il faut de fantastique et de fantômes. On devient fou des paysages de la campagne japonaise et on a envie que nos morts reviennent ne serait-ce qu’une journée, pour une marche tranquille.

Maude Levasseur


INHERENT VICE
de Paul Thomas Anderson

Il a beau être l’adaptation d’un roman rendant hommage à The Big LebowskiInherent Vice est un film qui emprunte beaucoup au classique des frères Coen, mais qui ne ressemble à rien d’autre qu’on ait pu voir avant. Film noir psychédélique et existentiel, il orchestre avec génie la confusion de l’époque qu’il dépeint. Ayant été négligé à cause de son intrigue par trop complexe et embrouillée, le dernier film de Paul Thomas Anderson est pourtant justement cela : une réflexion sur l’incohérence collective d’un temps, un hommage au cafouillage narratif d’un genre et de plusieurs littératures (notamment celles de Thomas Pynchon et Hunter S. Thompson), une balade en honneur de tous ceux qui se perdent à rêver dans les vapes de la drogue au détriment de leur prise sur la réalité.

Boris Nonveiller


EL CLUB
  de Pablo Larraìn

Pablo Larraìn, réalisateur chilien (Tony Manero, NO), tourne son regard vers le problème du clergé qui échappe aux lois civiles. Mais ce n’est pas un film pamphlétaire, c’est beaucoup plus subtil et étrange. Il y a quatre prêtres et une sœur dans une maison d’une petite ville de la côte chilienne, la vie est tranquille jusqu’à l’arrivée d’un cinquième prêtre qui sera tué et d’un sixième qui viendra enquêter. La cinématographie est remarquable (on pense à Tarkovsky, même) et l’humour noir est assez mordant pour faire mal.

Maude Levasseur